« Quand quelqu’un s’abandonne à un rôle de victime, il va devoir en être une. » Ed Kemper, 2m06, 136 kg, 143 de QI et 10 victimes à son actif (paix à leur âme).


Le maître de la brutalité est le premier album de l’église de la misère sorti en 2001 (une très bonne année selon mes souvenirs). Le groupe existe depuis 1995 et aura pour figure de proue inamovible Tatsu Mikami, seul membre qui aura connu toutes les incarnations du combo. Tatsu est l’homme qui doit prendre garde à ne pas s’écraser les orteils avec sa basse s’il ne se tient pas bien droit comme tout homme qui se respecte. Une légende apocryphe relate même qu’un jour Tatsu but un coup à l’étage tout en jouant de la basse au rez-de-chaussée.


L’église de la souffrance (est-ce la catholicisme avec son messie endurant mille morts pour sauver nos tristes âmes et dont on sait bien aujourd’hui quel accueil il reçut au pays du soleil levant ?) est un groupe de stoner-doom qui a la particularité de consacrer chacune de ses chansons à un tueur en série, autant dire que ses compositeurs ne sont pas près d’épuiser leur matière première.


Le tueur en série forme avec la pornstar les deux faces d’une même pièce. Ils sont les nouveaux pseudos demi-dieux de la mythologie moderne d’un monde en décomposition.

Une fois arrêté et mis en prison, les tueurs en série, pour peu que leur histoire ait été bien vendue par les marchands de vraies fausses nouvelles fraîches, deviennent l’objet d’un culte. Pires ils sont, pires ont été leurs abjections et plus grande est leur popularité. Beaucoup reçoivent même des lettres de déclarations amoureuses de la part de femmes complètement déboussolées par les dissonances cognitives engendrées par les paradoxes de la non pensée unique actuelle. Cette paraphilie se nomme hybristophilie. Certains entament même des relations épistolaires, à défaut d’entamer de la bidoche comme à leur habitude. D’aucuns se marient même et vont jusqu’à concevoir des enfants alors qu’ils sont en prison. On arrête pas le progrès, c’est lui qui finira par vous arrêter.


Nous devons admettre en toute honnêteté que le commerce des hommes (au sens figuré) nous est parfois ressenti comme la pire des tortures chinoises. Pour paraphraser Mecken, nous dirons qu’il nous arrive parfois devant tant de médiocrité, de bassesse et de lourdeur d’être « tenté […] de cracher dans [nos] mains, [de] hisser le drapeau noir et [de] se mettre à trancher des gorges. » Jusqu’à présent, nous avons réussi à garder la posture d’un maître zen dans ses occasions.


Ces digressions mis à part, cette parodie de culte voué aux tueurs en série n’est bien sûr qu’un « signe des temps ». Cette « église », ce « maître » ne sont que les symptômes de la décadence.


Et sinon, il est comment ce disque ? Très bon, c’est un classique du stoner-doom, bien fuzzé, bien velu en veux-tu en voilà avec un chanteur éructant plus de goudron qu’une bitumeuse pour la réfection de l’autoroute A6 (équivalent français de l’I-95 étasunien (seuls les vrais savent)). On notera la reprise bienvenue du culte de l’huître bleue (quand on vous dit qu’on est là en pleine parodie de sacralité).

Joe-Penhauer
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le 8 mars 2025

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Joe Penhauer

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