MetaL MetaL
7.4
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Album de Metá Metá (2014)

Il y a des groupes composé d’une bande d’amis rassemblés autour d’un auteur-compositeur talentueux et charismatique, qui sans doute partira en solo après quelques albums. Et il y a des groupes comme Metá Metá qui sont la rencontre entre égaux, la réunion de musiciens ayant chacun mûri leur art dans son coin. Metá Metá, qui signifie “trois-en-un” en yoruba, c’est d’abord le saxophoniste Thiago França, le guitariste Kiko Dinucci et la chanteuse Juçara Marçal.


Thiago França vient des bals de choro, de la samba de gafieira où il a acquiert le raffinement de la grande musique brésilienne instrumentale et le goût de faire danser le public qu’on retrouve dans son album premier album Na Gafeira (2009). Il a aussi une passion pour le jazz, le groove et l’expérimentation qu’il explore avec ses projets Sambanzo et MarginalS.


Kiko Dinucci a également une double casquette, avec d’un côté le fan de rock américain (Slayer, Sonic Youth, Lou Reed, Stooges) et de l’avant-garde paulista bien barrée d’Itamar Assumpção, et de l’autre, le passionné de samba « à textes », celles de Paulo Vanzolini, Adoniran Barbosa ou Nelson Cavaquinho qui nourrit le travail de son premier groupe, Bando AfroMacarrônico.


Juçara Marçal quant à elle a chanté durant une décennie au sein des groupes Vésper Vocal et surtout A Barca, une sorte de collectif, mi groupe de musique, mi institut de recherche ethnologique qui a repris et cartographié les musiques du Brésil profond, notamment des rythmes ruraux du Nordeste.


Mais ce qui rassemble ces trois musiciens c’est leur amour pour les musiques et les religions afro-brésiliennes, les pontos de candomblé, macumba, umbanda ou tambor de mina qui ont servi de matrice à la samba et à toute la musique populaire brésilienne. Thiago França, Juçara Marçal et Kiko Dinucci sont eux-mêmes devenus peu à peu macumbeiros.


Le premier fruit de cette rencontre est le beau et épuré Padê de Kiko Dinucci et Juçara Marçal. Thiago França les rejoint peu après pour former ce qui allait devenir Metá Metá. Le premier album du trio sort en 2011 et est déjà un coup de maître. L’album est tout tourné autour de l’Afrique. L’Afrique musicale de l’afrobeat nigérian ou de l’ethiojazz ethiopien, l’Afrique comme traces présentes dans la culture afro-brésilienne et surtout l’Afrique intérieure, imaginaire, plus spirituelle que géographique. L’album comprend ainsi de nombreuses références aux divinités du candomblé, les orixas, tout en étant tourné vers le monde actuel. Les morceaux sont d’ailleurs signés par Kiko Dinucci lui-même ou par des compositeurs actuels, Siba, Douglas Germano, Mauricio Pereira, ou Jonathan Silva.


Meta Meta MetaL MetaL showLe groupe prend encore une dimension supplémentaire avec son second album MetaL MetaL. Si les percussions de Samba Sam et la batterie de Sergio Machado étaient déjà discrètement présentes dans le premier album, elles sont ici omniprésentes. La guitare de Dinucci s’électrifie, le saxophone de França joue avec les pédales d’effet, la basse de Marcelo Cabral fait son entrée et Juçara Marçal transforme son chant en conséquence. Le groove alors plutôt introverti se fait sale, puissant et intense.


Metá Metá reproduit avec cet album enregistré dans l’urgence et la spontanéité, l’énergie sans équivalent de leurs concerts. Ils délaissent les compositions à textes qu’égrainaient encore leur premier album pour les pontos de candomblé ou des compositions originales construites sur le même canevas, deux ou trois vers seulement, composés par Kiko Dinucci et son fidèle partenaire Douglas Germano. Une simplicité des structures et des paroles qui permet d’aller à l’essentiel, toujours plus loin dans les recherches sonores et l’improvisation, dans une musique profonde et immédiate pour faire de chaque concert une véritable catharsis aussi intense qu’une transe religieuse. Et de MetaL MetaL, le précieux témoignage du plus passionnant groupe de sa génération.

Boebis
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le 11 août 2021

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