Paul Motian – Misterioso – (1987)
C’était l’époque où beaucoup de musiciens US venaient enregistrer en Europe, une sorte de « pont » s’est créé dans ces années-là, où nous vîmes arriver de nombreux jazzmen, attirés par un accueil chaleureux, une reconnaissance artistique, et des possibilités correctes et acceptables, qui permirent à de nombreux enregistrements de voir le jour…
Black Saint, Hat Hut, Horo, ECM, Enja sont autant de labels qui se sont tournés vers les musiciens Étasuniens, fixant dans la cire une musique qui autrement se serait sans doute perdue. C’est aussi le cas pour Paul Motian qui reçut bon accueil de la part du label Italien Soul Note, label frère de Black Saint qui firent tant pour les musiques free et d’avant-garde.
« Soul Note » avait la réputation d’être moins pointu que Black Saint, mais ces distinctions de départ devinrent de plus en plus floues et le magnifique « Misterioso » que voilà est une belle illustration de la qualité de ces enregistrements d’époque !
Jim Pepper joue aux saxs ténor et soprano, Joe Lovano au ténor, Bill Frisell à la guitare électrique, Ed Schuller à la basse et Paul Motian à la batterie.
Hormis deux plages de Monk, Paul Motian est également compositeur de toutes les pièces, il dévoile ici une belle aptitude pour cet art tout en subtilités, décrivant des paysages magnifiques et propices à ouvrir une grande liberté aux solistes.
Sa façon de jouer est également moderne, il aime créer des climats, des textures et des contrepoints. Son jeu aux cymbales est très riche et coloré, il peut se démarquer du tempo pour commenter, plutôt que de simplement s’inscrire dans le rythme.
Il trouve dans ce quintet formidable des interlocuteurs de choix, comme Frisell qui est éblouissant, et créateur lui aussi d’espaces et de mystères. Lovano et Pepper sont également au top, prompte à entrer dans ces mondes qui se dessinent sous nos yeux…
On remarque évidemment la version miraculeuse de « Misterioso », le court « Byablue » qui inspira Keith Jarrett, « Dance » qu’il réinterprétera assez souvent, ainsi que « Once Around The Park » et « Gang of Five » qui illustrent cet album.