Un petit saut dans le passé avec une réédition bienvenue, il s’agit de « Natural Information », l’album de Joshua Abrams, sorti en 2010, et dont le prix de l’original tiré à 550 montait dangereusement. Joshua est un bassiste avec une très grande expérience, mais son engagement musical va connaître un tournant à la suite de cet album.
Ça s’est joué vers la fin des années quatre-vingt-dix, lors d’un voyage au Maroc. Il rencontre le « guembri », une sorte de luth à trois cordes joué par les « Gnaouas ». Joshua a un coup de foudre pour le son grave et hypnotique de l’instrument, l’apport du guembri aux musiques traditionnelles est un vecteur essentiel dans la « transe » qui prend vie dans les corps des danseurs.
Et cet aspect prend peu à peu une importance capitale dans la musique de Joshua. A lui seul cet instrument a le pouvoir de dilater le temps, de pénétrer les âmes et d’emmener le corps et l’esprit dans un autre monde. Il fonctionne comme un bourdon résonnant dont les sons graves s’adressent à l’élément vital de l’auditeur, la suite, c’est sûr, fonctionne à la façon d’une « possession », ainsi, le temps se dilate, l’instant seul compte créant une nouvelle temporalité où les sensations du corps guident les forces de l'esprit…
Le guitariste Emmett Kelly, le vibraphoniste Jason Adasiewicz et les batteurs Frank Rosaly et Nori Tanaka s’associent ici où là au fil de l’album, Joshua joue également du dulcimer, de l’harmonium, des percussions, de la basse, des clochettes, du Mpc 1000… Ça foisonne de toute part, ça bruisse vibre et s’écoule avec force et tranquillité…