Cela fait maintenant quelques mois que je survole chronologiquement la discographie de Sun Ra et son Arkestra, et le moins que je puisse dire est que au fil des albums, je pénètre dans un univers de plus en plus passionnant et où l'on sent des musiciens épris de liberté, prêts à en découdre avec les démons de la musique.
Cet album est un témoignage important car il démontre la fougue, la frénésie que les musiciens de l'Arkestra déployaient sur scène. On assiste médusé à un déferlement de dissonances, de disharmonie, mais complètement assumé, et, le plus fort, c'est que cela ne nous dérange pas, tellement ils ont l'art d'emprunter des chemins de traverses pour atteindre les replis les plus obscurs de notre esprit.
Suivant votre état d'esprit vous serez soit assommé, soit ivre ou encore extasié. L'album propose surtout 3 morceaux d'environ dix minutes chacun, entourés d'intermèdes relançant la machine à chaque fois pour nous proposer de voyager dans l'espace de leur imaginaire.
Personnellement le sax ténor de John Gilmore dans le premier morceau (Dancing Shadows) m'a mis dans un état second assez indescriptible. Après un court morceau (Imagination) c'est au tour du hautbois d'Allen Marshall de me mettre dans un état, cette fois-ci voluptueux, avec un morceau calme, mais "habité" (Exotic Forest) et après un nouvel intermède (Sun Ra and his Band from Outer Space), c'est au tour du sax bariton de Pat Patrick de m'achever (Shadow World). L'album se terminant sur 3 courts morceaux nous proposant au final un voyage vers Mars, rien que ça !
Et je vous ai pas parlé des interventions judicieuses au piano et claviola de Sun Ra, ainsi que celles des différents membres de l'Arkestra, en particulier du contrebassiste sur le morceau "Shadow World".
Cet album, même s'il n'est pas le plus abordable de Sun Ra, n'en reste pas moins un jalon essentiel de sa discographie.
J'espère sincèrement que vous aurez une jouissance aussi grande que la mienne à son écoute. A bon entendeur ...