David Murray Octet – Octet Plays Trane – (2000)
Comme l’indique le titre, David Murray réunit un octet pour rendre hommage à John Coltrane. Six titres au total, et cinq composés par John Coltrane, le troisième, « The Crossing », un air bop, est une composition de David Murray.
Pour un tel album le choix du répertoire est extrêmement important, c’est déjà un parti-pris, tellement l’œuvre de Coltrane est immense. J’aurais misé sur un répertoire audacieux, un peu exploratoire et pointu, venant d’une personnalité comme David Murray, musicien souvent free et expérimental, mais non, il va falloir en rabattre de ce côté-là !
La pièce d’ouverture est « Giant Steps » de l’album du même nom, le thème est archiconnu et déjà un standard, tout comme « Naïma » issu du même album, qui est interprété en seconde place ici. Soyons francs, les deux interprétations sont superbes, vraiment magnifiques, et tout au long de cet album il est à noter que David Murray s’est donné un peu de mal en proposant des arrangements de qualité qui font ressortir les thèmes en leur donnant un nouvel éclairage.
Déjà il y a la qualité de l’interprétation, c’est bien lui la vedette, très à l’avant, souvent au ténor il brille avec excellence, chacun de ses solos est une petite merveille, il affiche ses qualités de solistes et c’est très efficace. Il y a également le pianiste D.D. Jackson qui est extraordinaire lors de ses trop rares envolées solitaires.
La section de cuivres avec Craig Harris au trombone, Ravi Best et Rasul Siddik à la trompette est accompagnée par James Spaulding au sax alto et à la flûte. Elle réussit parfaitement la mission qui lui est confiée et brille avec une terrible efficacité, prenant des risques et franchissant les difficultés haut la main. Cette prouesse est essentielle ici, justifiant les choix de départ et parachevant la réussite de cet album.
Ma pièce préférée est la reprise du merveilleux « India », l’original est sorti sur l’album « Impressions » de soixante-trois et ce titre m’a envoûté, j’ai dû l’écouter religieusement un bon millier de fois. A nouveau de l’originalité dans l’interprétation, le charme et la couleur sont préservés, David tient la clarinette basse et les percussions, dont un tabla joué par Mark Johnson, font merveille, on retrouve le charme doux de l’orient et la chaleur de la musique. Le trombone lui aussi assure avec beaucoup de subtilité, alors que la sonorité des trompettes fait balancer…
L’enchaînement avec « Lazy Bird » issu du « Blue Train » de cinquante-sept est par contre malheureux, cette plongée dans le hard bop n’est pas l’enchaînement qui aurait dû être privilégié, me semble-t-il, bien que la pièce soit fort intéressante avec un solo de trombone remarquable de la part de Craig Harris.
Mais le dessert est pour la dernière pièce, un extrait d’« A Love Supreme - Part 1 : Acknowledgement », plus de quinze minutes où on y croit, suffit de fermer les yeux et de s’y plonger, nous y sommes…
Chaque pièce prise individuellement est de très haut niveau et même remarquable, chapeau David ! Le problème c’est le manque d’homogénéité, c’est un peu le foutoir et les pièces ne sont pas très organisées sur la galette, me semble-t-il, mais c’est forcément pardonné car, quand l’album se termine, un sentiment merveilleux vous envahit et les sensations se bousculent déjà dans votre boîte à souvenirs.