Alexandra Grimal / Lee Konitz / Gary Peacock / Paul Motian – Owls Talk – (2009)
Où Gérard Terronès côtoie Jean-Luc Lagardère et sa Fondation dans les remerciements, allons ne soyons pas trop sarcastiques même si l’envie vient. Les hiboux sont donc de sortie et se lancent dans une longue conversation, pourquoi pas ?
Hibou en chef et honorée, Alexandra Grimal joue des saxs soprano et ténor, toute mimi sur la photo de la pochette intérieure. Ses invités sont tous des géants, elle, qui semble fluette et fragile, joue ici sa tirade avec de solides arguments et prouve ce qu’elle vaut, lors de cet oral de majesté.
Le grand Lee Konitz joue du sax alto, un maître. Gary Peacock de la contrebasse, une légende. Paul Motian de la batterie, un poète. Et Alexandra, de passage à New-York les quinze et seize décembre deux mille neuf, en studio pour la mise en boîte, avant que le mixage ne se fasse dans ceux de « La Buissonne » …
L’album est beau, il respire et épate, par sa pureté sonore et sa définition, on pourrait le classer à la lettre « N » avec les autres albums de « Nuit », ceux qui s’écoutent quand les autres dorment, et qui se dégustent tranquilou, à un ou à plusieurs, en compagnie d’autres hiboux.
Quinze pièces, plutôt courtes, beaucoup signées par Alexandra seule, six en fait et quelques-unes partagées avec les invités, Gary Peacock en apporté trois et partage une autre avec Alexandra, Konitz a lui aussi apporté son écot. Il y a également une impro, « Own Talks » jouée sans Gary. Mais tout cela est, en fait, sans importance.
L’album avance un peu dans les pas de Steve Lacy qui remonte doucement à mes oreilles, l’énoncé des thèmes, le rythme des compos, les envolées aériennes, tout m’y fait penser. Les dialogues entre les saxos sont également épatants, souvent joyeux et sautillants, voire batifolant, souvent légers ils aspirent à l’air et à l’envolée, gentiment propulsés par la basse imaginative de Gary Peacocks et le druming caressant et pointilliste de Paul Motian, une telle rythmique est de rêve.
On pourrait imaginer l’album affublé du sigle ECM, tellement il respire cet esprit, si cela était arrivé on le propulserait probablement parmi les grands du label, sans beaucoup hésiter, il est à la fois calme et reposant en même temps que vif et surprenant, comme des esquisses, des croquis aboutis et menés avec une main sûre qui se dessinent sous nos yeux avec maestria…
A noter sur l’édition que j’aie, la seule qui existe je pense, qu’il y a des embrouilles dans l’ordre des trois premiers titres qui ne sont pas les mêmes sur le Cd et le livret, et qui ne correspondent pas aux durées annoncées…