Ce mec a 10 ans d'avance. Voilà ce que je me suis dit à la première écoute de Phase Zero. Sur cet opus, Morgan Delt propose une pop psyché arc-en-ciel qui réhabilite les années 60 et 70 avec une intelligence rare. Qu'il puise dans les mélodies solaires des Byrds ("Fifth Dimension" pour "Some Sunsick Day") ou dans les ambiances spectrales de Delia Derbyshire (la fin de "Sun Powers"), le Californien habille son album d'une identité sonore marquée. Dans la tradition de la musique électronique - à laquelle Delt s'est essayée avant de se lancer dans le rock psyché - la musique est travaillée comme on travaille la matière. Déformations, étirements et réflexions sonores parcourent son oeuvre avec une précision étonnante. Un perfectionnisme musical qui n'est pas sans rappeler celui du Lonerism de Tame Impala.
La vision de Delt se veut néanmoins plus radicale que celle de Parker et Fridmann. Le musicien n'a en effet pas peur d'étaler les atmosphères vaporeuses à outrance ou de franchir la dissonance. Dès que la musique se fait trop confortable pour l'auditeur, Delt s'amuse à gratter son oreille à l'aide de sons stridents (la fin de The Lowest of the Low) et de voix inquiétantes (le King Gizzardesque Mssr. Monster). Une façon de rester éloigné à tous prix des radars mainstream ? Ou de flatter son public hipster avide de bizarreries ? Difficile à dire. Quoi qu'il en soit, Phase Zero est une pépite injustement méconnue, que tout amateur de psyché se doit d'écouter au moins une fois dans sa vie.