Picking Up the Pieces
7.1
Picking Up the Pieces

Album de Jewel (2015)

Sans vouloir ombrager qui que ce soit, on peut dire que ces dernières années n’avaient pas véritablement donné l’occasion à la diaphane Jewel de déployer toute l’étendue de ses talents. Storytelleuse certifiée, compositrice souvent inspirée et sensible, son dernier album Sweet and Child (2010), bien que recommandable, était même passé assez inaperçu au rayon americana. Vingt ans après le superbe Pieces of You (1995), qui révéla cette voix et ce timbre si particulier avec un succès assez phénoménal (il reste aujourd’hui un des premiers albums les plus vendus de l’histoire), Jewel s’en revient aux origines avec un Picking Up the Pieces en écho, résolument tourné vers l’acoustique.


Il faut dire que la jeune femme ressemble pas mal à sa musique : une élégance calme, un charme country qui respire la campagne et la maison en Alaska d’où sa famille est originaire. Son père, Atz Kilcher, fut ainsi l’une des vedettes de l’émission Alaska: The Last Frontier et sa cousine Q’orianka Kilcher, la Pocahontas du chef d’œuvre de Terrence Malick, Le Nouveau Monde (2005). Bref, Jewel est toujours restée enracinée dans la tradition folk et ce nouvel album résume parfaitement les choses. Avec quelques invités classieux (Rodney Crowell sur « It Doesn’t Hurt Right Now », Dolly Parton pour le tendre « My Father’s Daughter ») et quelques incursions originales de sitar, pianos, et rythmiques solides, les ambiances douces-amères se déploient paisiblement.


*« Mon objectif sur cet album était d’oublier tout ce que j’avais pu apprendre de l’industrie musicale ces 20 dernières années et revenir aux sources. Ce fut un réel effort de clarifier mes pensées, ne pas me laisser dominer par ceci ou cela, et n’écrire que ces chansons en revenant aux racines folk-americana avec lesquelles j’ai débuté. »*

Aujourd’hui âgée de 41 ans, l’américaine toujours aussi autobiographique (« His Pleasure Is My Pain ») y évoque en pointillés son divorce récent, ses déceptions, ses attaches, une forme de naïveté irrémédiablement perdue. La publication simultanée de ses mémoires « Never Broken » n’est pas un hasard. Voici l’heure du bilan. Crossroads. Et si à ses débuts, des titres comme « Foolish Game » ou « You Were Meant For Me » révélaient une artiste jeune (21 ans à peine) et instinctive, la Jewel d’aujourd’hui, mature, regarde son passé sans condescendance (« Plain Jane ») avec un sens de la mélodie qui s’est (r)affiné avec le temps (« The Shape of You », « Nicotine Love »).


Pour mieux enrober ce spleen tout en poésie (les textes sont une nouvelle fois superbes), Jewel a enregistré ce huitième album dans des conditions très live : pendant une prestation au Standard de Nashville et devant un parterre d’amis au fameux RCA Studio A. Une prise, à chaque fois. Pas d’overdubs. Pas d’effets de manche. En ressort un son minimaliste qui convient aux propos, au projet. Avec l’excellent travail de Jeff Balding (déjà aux manettes sur This Way en 2001), Picking Up the Pieces fait ainsi raisonner cette valse des sentiments (« Love Used To Be »,« Mercy ») et dessine des chansons ni tordues, ni torturées, mais tout simplement poignantes, qui parlent au cœur sans détours (« Pretty Faced Fool »).


*« Simplicity does not come easy when you’re dreaming of being someone else (La simplicité ne vient pas facilement lorsque tu rêves d’être quelqu’un d’autre) » – Mercy*

Fouillé sans être fouillis, accroché à sa généalogie (« Family Tree »), magnifiquement interprété avec cette voix qui prend un malin plaisir à jouer du vibrato vespéral (« Carnivore »), Picking Up the Pieces nous fait (re)découvrir la singularité d’une artiste essentielle qui sort (enfin) de sa zone de confort avec son album le plus bouleversant à ce jour. Welcome home Jewel!


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le 26 sept. 2015

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