Stephen Haynes – Pomegranate – (2015)
Voilà un gars dont la discographie n’est pas énorme, mais dont j’avais acheté cet album, après l’avoir écouté, lors de sa sortie. Pourtant il n’a pas fait grand bruit et sans doute a-t-il été oublié, de mon côté j’en garde cependant un certain attachement et le plaisir est toujours là, ce qui résume la raison pour laquelle je vous en parle.
Déjà l’album est dédicacé à Bill Dixon qui n’est pas n’importe qui, convenons-en, c’est le collègue et ami de Stephen, tous deux profs de musique. Les participants sont également des pointures, Joe Morris à la guitare, Ben Strapp au tuba, excellent dès « Sillage » qu’il colorise magnifiquement, William Parker qui a sorti pas mal de ses outils, contrebasse, violon, shakuhachi et le sintir ou « hajhouj », dont joue Loy Ehrlich et dont le nom est la première syllabe de « Ha/douk ».
Il y a également Warren Smith à la batterie et aux percussions, ainsi qu’au marimba, qui est issu de la famille des xylophones. L’album est d’évidence bourré d’impros, mais quelle justesse et quel feeling ! J’en suis ébloui à chaque écoute. L’album est très bien produit et mixé, le son de chaque instrument est clair, détaché de l’ensemble, où chacun inscrit sa démarche dans l’impro collective comme sur le très beau « Pomegranate », qui succède au magnifique « Mangui Fii Reek ».
« Becoming » laisse à entendre le marimba justement, la pièce de dix-sept minutes est très ouverte et le travail sur les sons semble central, textures et intensités offrent matière à se concentrer, mais le groove est bien là, pour se poser. Joe Morris est également très lumineux, il fait preuve de très grande qualité et offre une belle performance pleine de verve et d’imagination, occupant le centre droit de façon volubile et captant l’attention de façon irrémédiable.
Le terrien « Crepuscular » s’ancre dans les racines africaines, la contrebasse de William Parker et le marimba de Warren Smith déroulent un long ruban de musique hypnotique qui peut évoquer le travail de Kahil El Zabar, une nouvelle fois Joe Morris s’échappe de façon merveilleuse et le tuba, à l’arrière, participe également à la magie.
Après « Mangui FiI Reek » c’est la seconde pièce à explorer la musique africaine, cette proximité les plonge hors du temps et contribue à l’attrait hors du commun de de cet album, devant lequel tant de gens passent, sans jamais s’arrêter…
Arrive la dernière séquence, « Odysseus (Lashed to the Mast) », qui voit les feux jaillir du cornet enflammé de Stephen Haynes, avec Parker et Smith qui jouent en arrière une mise en tension savamment organisée, Joe Morris dépose lui aussi, à la suite de Haynes qu’il devine, des tisons qu’il jette çà et là, Ben Stapp arrive à son tour avec son tuba qu’il énerve, il attise les braises et tout devient bouillonnant…
Un album que j’aime et défend.