Viens de découvrir l'opéra "prima donna- de Rufus Wain,wright"(créée en 2009, mais l'enregistrement est de 2015)
Prologue : une réflexion personnelle :
L'opéra contemporain depuis 70 ans se base sur une idée principale : le beau est l'ennemi du bien comme dirait un philosophe. c'est pourquoi les 90 pour cent des opéras crées depuis sont inaudibles mélange de stridence muscicales et de voix qui ne font que dans le récitatif criard. l plus part du temps c'est aussi laid qu'inaudible.les compositeurs de ces oeuvre sont surtout des musicologues. Ils se persuadent que le beau nuiraient à leur oeuvre. Pas le moindre air , pas le moindre accord , pas la moindre phrase chantée. Ça plait beaucoup à 5 pour cent des gens qui aiment l'opéra. Plutôt qui aiment snober les gens qui aiment le beau. Car c'est bien connu le beau est mort vive la dissonance; j'ai été effondré devant la laideur il y a quelques années de la version opéra de "brokeback mountain est son si beau sujet . Car souvent le compositeur contemporain choisit de très beaux sujets pour en faire de la bouillie)
Part I : Rufus Wainwright : chanteur compositeur de Montréal. Pop folf, piano . Un timbre particulier de jolies morceaux pop bien troussés ,souvent élégants (il y a du Burt baccharah, du kate Bush chez lui). Un peu le haut du panier pop folk.
Mais de là à le voir composé un Opéra... j'imagine notre Goldman nationale se prendre pour Verdi... les quelques auteurs qui essayent de faire quelque chose sombrent dans des musicaux à la française en général d'une laideur déconcertante (sauf exception je pense à Notre dame de paris même si là aussi c'est canadien ou même à Starmania)
Part II : Prima donna. Alors voilà je me décide à l'écoute de ce prima donna de Wainwright deux heures deux actes.
Wainwright , imagine le retour à la scène de la diva pourtant âgée dans le Paris des années 1970… (un clin d’oeil évident à Callas) et qui tombe amoureuse d’un jeune journaliste sur le point de se marier, André. Leur rencontre revêt une dimension particulière d’autant plus que la soprano intimement atteinte lui apprend alors sa décision de faire ses adieux.
Le livret est loin d’être conforme et désuet : il permet une succession d’épisodes à la fois contrastés et progressifs, approfondissant et l’évocation sensible d’un passé glorieux et perdu (nombreux flashbacks), et le ressentiment d’une vie dédiée à l’art et au chant qui a sacrifié l’épanouissement individuel (encore un clin d’œil à Callas). L’apparition du jeune journaliste, admirateur de la diva, suscite chez elle, un retour d’effusion, le jaillissement d’une tendresse jusque là ensevelie. L’auteur parle bien d’un long périple qui du début à la fin, présente la diva sous des facettes différentes et conduit aussi le spectateur à la suivre mais sans voyeurisme et avec beaucoup de vérité et de pudeur. Les rôles de sopranos mûres sont rares à l’opéra faut-il y voir un hommage aux grandes cantatrices que la fragilité de l’instrument condamne de facto à une retraite souvent douloureuse ? Dans le répertoire romantique, la Dame de Pique (la comtesse est en réalité chantée souvent par un mezzo) ou Eva Marty dans L’affaire Makropoulos de Janacek sont des exemples précédents, auxquels l’opéra de Wainwright fait écho avec pertinence. Mais le jeune compositeur va plus loin en jouant concrètement sur les couleurs et les accents spécifiques d’une voix mûre.
On sent la sincérité d’un musicien (qui dédie son opéra à son compagnon Jörn et à sa mère Kate McGarrigle) avant tout amoureux de son héroïne où se confondent selon ses témoignages à propos de la genèse de son opéra, les souvenirs des entretiens télévisés de Maria Callas à la fin de sa carrière, comme l’hommage à sa propre mère condamnée par un cancer au moment de la composition de l’opéra… L’ouvrage un temps commandé puis rejeté par le Metropolitan Opera de NY ; programmé puis annulé au New York City Opera fut finalement créé en 2009 à Manchester. Il fut ensuite repris à Londres et Toronto en 2010, puis à la Brooklyn Academy de NY en 2012, avant d’être joué en septembre 2015 à Athènes.
L’écriture flamboyante de Wainwright, grand amateur d’opéras, semble recycler les épisodes les plus lyriques et extatiques d’un Puccini, empruntant aussi à la Comédie musicale, sachant très intelligemment varier les climats, et tendre l’arc structurel si essentiel à l’opéra, entre comédie et tragédie ; le chant de la protagoniste et celui de ses partenaires dont le ténor lyrico spinto et de legerezza (André) lancent autant de défis aux interprètes : les deux rôles (Régine / André) sont redoutables pour la voix et offrent deux personnages d’une grande finesse psychologique. Peu d’ouvrage ont offert à une soprano âgée et mûre un rôle aussi nuancé, traversant toutes les nuances de la palette émotionnelle (tête à tête initial entre Régine et sa nouvelle femme de chambre Marie au I) entre nostalgie, amertume, regret, renoncement et apaisement final (fin du II), cependant que dans l’évocation du duo amoureux quand elle chantait Aliénor d’Aquitaine, la soprano et le ténor plongent en pleine ivresse enchantée (épisode Dans ce jardin au II qui est le prétexte au duo le plus allusif et échevelé de l’ouvrage)…
Conclusion : Je crois que c'est le premier opéra contemporain qui m'ait fait pleurer d'émotion.