Muriel Grossmann – Quartet – (2008)
Cet album de Muriel Grossmann est intéressant car c’est l’un de ses premiers, le troisième en deux années. Son point d’arrivée, à savoir une musique modale, tendance spiritual, dans la lignée de John Coltrane est d’évidence une réussite, mais d’où vient sa démarche, quelles ont été les étapes pour en arriver là ?
Sans pouvoir répondre à toutes ces questions cet album possède certainement quelques réponses à nous apporter. La première tient dans son personnel d’accompagnement. En effet les liens qui tissent Muriel à son musicien le plus important, celui qui apporte une originalité forte au « son » qu’elle met en forme, sont ancrés dans un partenariat depuis le début de son aventure.
C’est à Ibiza, où elle est installée depuis deux mille quatre, qu’elle rencontre et se lie professionnellement avec le solide guitariste Radomir Milojkovic, natif de Belgrade, dans l’ex-Yougoslavie. David Marroquain est le contrebassiste et Marko Jelaca le batteur. Ces deux derniers seront bientôt remplacés dans le quartet.
La « Spiritual Music » que l’on connaît n’est pas vraiment en place, même si parfois on semble déceler quelques similitudes. Nous sommes face à autre chose, Muriel est compositrice de toutes les pièces et son jazz est bien vivant, ses compos ne revisitent pas les ombres coltraniennes, et elle fait preuve dans sa musique d’une certaine originalité.
D’ailleurs la seule photo d’elle que l’on voit sur le Cd la montre assez différente de l’idée que l’on s’en fait aujourd’hui, les apparences racontent autre chose. Elle est forcément plus jeune, la coiffure est assez courte mais travaillée, elle est élégante et s’éloigne de l’image assez hippie qu’elle véhicule aujourd’hui, l’« effet Ibiza » probablement a-t-il agi.
On peut donc entendre ici une musique plutôt originale, mais très écrite, avec de belles mélodies. Voici ce qu’elle explique sur le livret d’accompagnement pour expliquer comment est né le titre « Flügel ».
« Il est arrivé d’une façon étrange, une nuit, je n’arrivais pas à dormir à cause des moustiques qui essayaient de me piquer, j’ai sauté de mon lit, j’ai commencé à jouer le saxophone et ce morceau est sorti. »
« Avec Diversity j’ai essayé de décrire une danse de ma fille. Cette composition laisse beaucoup d’espace à l’expression de chaque musicien. »
On comprend à l’aide de ces quelques mots que ce qui importe dans le monde de Muriel, ce sont les émotions, les descriptions, le son est un geste, un mouvement ou un tourbillon. La démarche n’est pas intellectuelle et ne se prend pas la tête, le quotidien dans son événementiel est déjà source d’inspiration.
J’imagine que la forte émotivité contenue dans la musique coltranienne a fortement impacté le jeu de Muriel et qu’une sorte de fusion s’est, à un moment, installée, puis s’est agrandi, le temps de quelques magnifiques albums, avant de repartir aujourd’hui…
Ce qui est sûr c’est que beaucoup était déjà en place lors de ce « Quartet », déjà la maîtrise technique du saxophone alto dont elle est une bonne praticienne. Il faut également saluer le talent de Radomir Milojkovic que l’on entend déjà ici et dont l’influence croîtra en même temps que le temps s’écoulera…