Retour en terre connue

Avis sur Return to Ommadawn

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Qui : Mike Oldfield, multi-instrumentiste qui joue la quasi totalité des instruments présents sur l'album (plus d'une vingtaine!).
Quoi : Enregistré aux Bahamas Return to Ommadawn se veut la suite directe de l'album Ommadawn sorti en 1975
Label : Virgin EMI
Comment l'écouter : au vu de la longueur de chaque partie (20 minutes), mieux vaut vous poser dans un fauteuil confortable pour vous laisser entraîner dans l'univers de l'album. L'écoute en voiture peut s'avérer plaisante pour un trajet en solitaire relativement long.

Mike Oldfield, dont l'oeuvre est surtout connue par le grand public pour son album Tubular Bells qui a donné la B.O. du film l'Exorciste, revient ici aux sources de son âge d'or avec Return to Ommadawn, pensé comme la suite spirituelle d'Ommadawn sorti en 1975.

Quelques mots d'abord sur l'album Ommadawn : dernier album clôturant le triptyque composé de Tubular Bells (1973) et Hergest Ridge (1974), cet album, divisé en deux parties, mêle habilement guitare, percussions africaines et musique celtique (préfigurant ce que sera la world music) afin de nous emmener dans une véritable odyssée onirique. Voyageant dans de longues envolées psychédéliques montant crescendo au fur et à mesure que se superposent les mélodies jusqu'à créer un climax final hypnotique et oppressant, l'auditeur de la face A est plongé dans un univers hallucinatoire, véritable exutoire d'émotions pures. A l'inverse, la face B plus orientée musique celtique nous emmène du coté du folklore joyeux et de la nostalgie et se clôture par une chanson chantée en chœurs par des pitis nenfants.
Inspiré des modèles du genre progressif tel que In the Court of the Crimson King (1969) de King Crimson et A Rainbow in Curved Air (1969) de Terry Riley, c'est à juste titre que cet album se hisse au sommet des charts de son époque, et est considéré encore aujourd'hui comme l'un des chefs d'oeuvre de Mike Oldfield et du rock progressif en général.

Return to Ommadawn reprend les schémas de son aîné : album divisé lui aussi en deux mouvements, il reprend les influences celtiques et africaines, ainsi que les instruments utilisés dans Ommadawn (mandoline, bodhran, glockenspiel, marimba...), y mêlant en sus des accords de guitare électriques plus modernes et un moindre recours aux superpositions mélodiques.

On retrouve dans cette oeuvre les accords, les thèmes et les rythmes basés sur la répétition qui ont fait le succès d'Ommadawn, qui sont autant de références à une époque tenant désormais davantage du fantasme passé, comme un retour en terre natale après 40 ans d'absence.

La partie 1 fonctionne très bien. On remarquera l'absence de chœurs en fond sonore (dont l'omniprésence sur Ommadawn part 1 participait fortement au caractère incantatoire du morceau) au profit d'un son de guitare plus présent et plus électrique (et du coup moins mystique) que son prédécesseur. La progression des tableaux du morceaux s'opère parfois plus difficilement, les transitions entre chaque thème manquant parfois de subtilité. Le climax du morceau, succédant aux percussions africaines similaires à celles d'Ommadawn, s'avère très efficace, le jeu de guitare de Mike Oldfield (accompagné de chœurs) n'ayant en rien perdu de sa puissance et de son émotion.

La Partie 2, plus joyeuse, met l'accent sur la guitare acoustique et électrique, ainsi que la flûte, nous entraînant dans un monde plus coloré, folklorique, magique. Malgré quelques effets électroniques au goût parfois douteux (déplacés dans cet univers féerique), comme l'est également la réutilisation des voix d'enfants dans la reprise du morceau final "On horseback", le morceau reste néanmoins très agréable à écouter.

Conclusion : Si cet album n'atteint pas la profondeur de Ommadawn premier du nom, il parvient néanmoins à faire revivre l'univers de celui-ci tout en en modernisant l'écoute. Faisant fi de l’esthétique oppressante d'Ommadawn, Oldfield privilégie ici des instruments aux sonorités plus claires comme celles du glockenspiel, comme si le compositeur d'Ommadawn de l'époque (qui venait de perdre sa mère à 22 ans alors qu'il commençait à travailler sur l'album) avait cédé la place à un artiste posant un regard apaisé sur son oeuvre. Ainsi, si le premier album peut être pour certains difficile à écouter aujourd'hui, Return to Ommadawn aura le mérite de ressusciter le mythe et de le rendre plus accessible aux nouvelles générations. Au delà de ça, cet album ne révolutionne ni le monde de la musique ni l'oeuvre globale de Mike Oldfield mais confirme que ce dernier maîtrise son univers.
Nonobstant la comparaison avec ses prédécesseurs, Return to Ommadawn est un très bel album, tant visuellement (pochette d'album) que musicalement !

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