Donner une suite à un chef d'œuvre du niveau de "Mercury" est toujours un défi pour un artiste, et le dilemme a du être d'autant plus cornélien pour Mark Eitzel que cette réussite considérable n'avait rencontré que peu d'écho auprès du public. On imagine donc le désarroi qui a pu présider à la création de "San Francisco", et qui a donné naissance à cet album irrégulier, se cherchant ci et là en allant vers un rock plus extroverti (plus de guitares qui tempêtent, donc), ou vers un groove plus bienveillant envers les nouveaux arrivants. Bien entendu, tout cela n'est que poudre aux yeux, et "San Francisco" voit American Music Club labourer encore et encore le même sillon, celui de la perte et du regret, pour faire simple. Il contient beaucoup de bonnes chansons, dont quelques unes qui peuvent même servir de musique de chevet aux âmes abandonnées, voire désespérées. On peut le trouver irrégulier, ou manquant en tout cas de cohérence. Certains le jugent meilleur que les autres. De toute manière, il ne se vendra pas mieux, et AMC se séparera peu de temps après, permettant à Mark Eitzel d'entamer une carrière solo qui lui vaudra - au moins au début - un peu plus de reconnaissance. [Critique écrite en 2015]