Selfocracy
6.6
Selfocracy

Album de Loïc Nottet (2017)

Ambition conceptuelle et saturation émotionnelle

Selfocracy est typiquement le genre de premier album qui arrive avec un ego conceptuel assez solide pour prétendre qu'il va décrire la société, alors qu'il décrit surtout une idée déjà bien connue : les humains passent leur temps à se regarder eux-mêmes et, ensuite, ils sont surpris de ne pas aimer ce qu'ils voient. Révolutionnaire, donc, mais avec des miroirs...


Sur le plan artistique, il faut reconnaître un vrai effort de construction. L'album est pensé comme un univers fermé, presque cinématographique, avec une narration implicite autour du narcissisme, de la peur de soi et de la pression sociale. Chez Loïc Nottet, la voix fait une grande partie du travail : très expressive, androgyne, souvent dramatique, elle porte des morceaux qui, sans ça, seraient beaucoup plus fragiles.


Musicalement, c'est un mélange pop, électro, touches rock et quelques éclairs plus urbains. L'ambition est claire : éviter la pop jetable et construire qqch de cohérent. Le problème, c'est que cette cohérence devient parfois une forme de monotonie... L'ambiance sombre, très contrôlée, finit par lisser les reliefs... À force de vouloir être un univers, l'album oublie parfois d'être une suite de morceaux distincts qui respirent vraiment...


Il y a néanmoins de vraies réussites. Les titres les plus percutants fonctionnent grâce à des contrastes bien placés entre tension et mélodie. Les morceaux plus épurés montrent aussi que l'écriture émotionnelle de Nottet tient debout sans forcément devoir tout envelopper dans une production dramatique permanente. Quand il relâche un peu la pression, l'album gagne en impact.


Le point faible principal reste justement cette surcharge d'intensité... Tout est important, tout est profond, tout est sombre, tout est symbolique... À un moment, je comprends le message sur la société narcissique et commence à me demander si le miroir ne reflète pas aussi l'album lui-même en train de se contempler un peu trop longtemps...


Cela dit, pour un premier projet, la maîtrise est réelle ! Il y a une identité, une direction artistique assumée, et une capacité à construire une atmosphère qui fonctionne du début à la fin... Même les critiques sur le côté uniforme sont presque la conséquence logique du choix esthétique...


Solide donc, ambitieux, parfois trop contrôlé pour son propre bien, mais suffisamment singulier pour ne pas être juste un produit pop de plus dans la file d'attente industrielle.

Ykaaar
8
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Créée

le 20 avr. 2026

Critique lue 5 fois

Nolann Soenen

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