Ca commence par une sonnerie de téléphone. On décroche et tout s'emballe, tout nous emballe. Et pour finir cette suprême reprise rythmée des Supremes qui nous explose à la face... B.
Evidemment entre le début et la fin il y a un milieu. Mais je préfère parler de banlieue et de milieu social pour évoquer le contexte qui a vu naitre the Jam.
En 1976, un groupe de la banlieue de Londres commençait sa carrière. En marge des groupes Punks de la capitale, the Jam s'appliquait à jouer la distinction, en retrait tout en étant fan des Clash. Une de leurs subtilités résidait dans leur aptitude à canaliser l'énergie qui caractérisait cette génération rebelle. Leur message politique ne s'en trouvait que plus pertinent. De parents modestes, Paul Weller savait composer des chansons à partir de la trivialité et de la monotonie. Cette disgrâce d'une certaine classe mal née et happée par la vacuité d'un désœuvrement organisé par les faiseurs de crises systémiques. Déjà Piaf chantait en 1938 "la banlieue triste qui s'ennuie défilait morne sous la pluie". Plus tard, Mike Leigh mettra en scène les laissés pour compte du néolibéralisme. Les chansons de The Jam subliment le quotidien des banlieusards peuplé d'antihéros. De "Private Hell" à "Saturday's Kids" en passant par "Wasteland" et "Smithers-Jones" c'est toute une sociologie qui nous est relatée avec justesse et une tendresse tout en retenue So British.