Michael Mantler – Silence - (1977)
Suite de la saga Carla Bley, ici sur un projet de Michael Mantler, toujours dans cette même veine dramatique, avec ces climats un peu étranges et limites qu’il affectionne. A nouveau une distribution hors pair et une adaptation d’une œuvre littéraire. C’est une pièce de théâtre d'Harold Pinter qui est ici retranscrite et qui sert de trame. Une variation autour du trio amoureux…
Les trois personnages sont incarnés par d’immenses talents, Ramsey par Kevin Coyne, Ellen par Carla Bley et Bates par Robert Wyatt, ça fonctionne à la façon d’un trilogue, un peu comme dans une pièce, d’ailleurs à l’intérieur du gatefold, les dialogues sont retranscrits. Carla s’occupe également des claviers et Robert Wyatt des percus. Chris Spedding tient la guitare électrique, Ron McClure la basse et la contrebasse et Clare Maher joue du violoncelle.
Là où ça se complique c’est pour l’enregistrement, les musiciens étant impossibles à réunir, il a fallu jongler. Carla Bley et Ron McClure sont enregistrés en janvier 1976 au Grog Kill Studio de New York, Robert Wyatt et Chris Spedding ont enregistré en février dans un studio mobile à la campagne, et Kevin Coyne a enregistré en avril, avec Virgin Mobile à la ferme Gong. Évidemment ça ne s’entend pas, mais c’est tout de même un peu artificiel : le prix d’un plateau extraordinaire et prestigieux.
C’est peut-être cet éloignement qui explique un certain manque de chaleur, ou bien est-ce le projet artistique lui-même qui implique cette passion triste ? De plus, cette fois-ci l’album est très long et dépasse largement les cinquante minutes. Les dialogues sont essentiels à la bonne compréhension du récit, mais hélas ils stationnent à l’avant de la musique et semblent la brider.
La partie musicale est plutôt bien emmenée, avec un Chris Spedding presque à l’opposé de Terje Rypdal, en tout cas il reste plus classique dans son approche mais pour moi, ça va, il s’impose ici avec talent. Pourtant on regrettera certainement la « folie » qui traversait « The Hapless Child » et l’illuminait de l’intérieur.
En fait l’album est plutôt bon, mais il souffre juste de la comparaison avec son prédécesseur, il serait malin de l’écouter avant, ainsi sa « beauté plate » conserverait son charme certain, avec la beauté intérieure des chants et la qualité de l’interprétation.