Sans le savoir, vous connaissez déjà Sivuca.
La musique est, paraît-il, l’art de combiner de façon harmonieuse les sons. En ce cas, Sivuca est maître en la matière. Sur la pochette, on a l’impression que le nain de jardin de grand-mère a pris vie et que, tel un faune ivre de vin et de musique, il court par monts et par vaux donner des récitals à qui voudra bien les écouter. On pourrait même imaginer ses pieds fourchus. Si la flûte de Pan ne figure pas à son arsenal, le bonhomme jongle avec l’accordéon, la guitare, les percussions, le piano. À cela, ajoutez le chant et un talent certain pour la composition et surtout l’arrangement et vous aurez une image de l’artiste qui commence à se rapprocher de la réalité. On ne saurait cataloguer ce style de musique, mélange de latin-jazz, de bossa-nova et de bien encore autres ingrédients. Pour faire simple, disons qu’il y a la bonne et la mauvaise musique (comme le bon et le mauvais chasseur). Ici, c’est à de la (très) bonne musique que l’on a affaire, de la musique qui joue et semble s’amuser à nous brinquebaler d’émotions en émotions, de la joie à la tristesse, à l’image d’une vie bien remplie comme fut celle de Sivuca qui ne cessa, sa carrière durant, d’écumer les scènes du monde pour diffuser la bonne parole de sa musique. (Pour l’anecdote, c’est lui qui arrangea le Pata Pata de Miriam Makeba.)
A nos oreilles peu habituées à ces sonorités, le portugais nous semble une langue douce et propice aux épanchements poétiques. On écoutera avec profit et les yeux humides Amor Verdadeiro où le maître, tout seul avec sa guitare, nous ensorcelle et nous communique la fameuse « saudade » lusitanienne. Aux fans de Michel Fugain, nous conseillons l’écoute de Voce Abusou, à ceux de Bill Withers, celle de la reprise de Ain’t No Sunshine. Et tant qu’à faire, qu’ils poursuivent leur écoute avec le fascinant Lament of Berimbau, un instrumental où cette instrument du folklore brésilien ouvre et ferme la danse pendant qu’une guitare acoustique s’occupe du plat de résistance. Ce morceau s’enchaîne parfaitement avec le dernier de l’album. Une fois n’est pas coutume, nous trouvons cette galette trop courte et sitôt la fin de la face B atteinte, nous la retournons et recommençons. Sivuca aurait-il trouvé le secret du mouvement perpétuel ?
A tous les amateurs (dans le bon sens du terme) de bonne musique, nous conseillons d’ouvrir un peu leur horizon musical et d’écouter cet album. Ne nous remercier pas, notre œuvre est un sacerdoce.