Something in Us Died par Dulcis_Victoria
[Chronique à la base publiée dans un fanzine ; pas la peine de me demander lequel, vous ne le connaissez pas et vous n'allez sûrement pas l'acheter]
En 2011 débarquait sur l'obscure scène du sludge metal un jeune groupe sorti de nulle part — enfin, de Lyon, obscure ville française, plus précisément — portant le nom à la signification emplie de mystère de Lòdz. Fort de son esthétique — à l'image du style — claire-obscure, de ses riffs poignants, de ses paroles nihilistes et de son chanteur-guitariste à la voix torturée, le groupe était parti à la conquête des adeptes de cette scène armé de son premier EP au son lourd et aux compostions déjà très efficaces, intitulé "And Then Emptiness". Cette année, Lòdz repart à l'assaut avec son premier album, "Something in Us Died", à la production bien plus clean signée Magnus Líndberg et à la promotion bien plus soignée signée Season of Mist. Et ce que l'on peut dire, c'est que Lòdz aura su atteindre sa cible : pour preuve, certains chroniqueurs rapprochent déjà le groupe de grands noms du doom et du sludge tels que Ghost Brigade, Katatonia ou The Old Dead Tree.
Pour ma part — et je m'excuse d'avance pour cet élan de subjectivité —, c'est après être tombée sous le charme de la musique de Lòdz durant un concert que je me suis décidée à me pencher sur une chronique de ce disque.
Que peut-on donc dire de cette musique si peu accessible aux atmosphères si oppressantes telle que l'exploite Lòdz ?
Pour les non-initiés, l'album pourra au premier abord sembler trop peu correspondre aux attentes de ceux-ci par rapport au genre du metal tel qu'ils se le représentent, car trop lent, trop glauque, trop simple musicalement parlant, basé sur une violence trop esthétisée... À partir de là, il paraît facile de coller à Lòdz l'étiquette de groupe de rock dépressif pour midinettes. À ceux qui le feront, on peut répondre : détrompez-vous. La recherche est bien là, la violence est bien là, et en cherchant, on peut les trouver.
En effet, ici, pas de branlette de manche, pas de masturbation de grosse caisse, pas d'envolées lyriques ou de voix gutturale infra-grave. "Seulement" des riffs ultra pesants accompagnés de mélodies alcestiennes et un chanteur à la voix partagée entre clarté et hurlements de douleur, le tout sur une section drum'n'bass bien mise en avant. En résumé, un univers fait de contrastes. La question qui se pose alors est : cette recette fonctionne-t-elle ?
Assurément, oui.
En deux ans, Lòdz a déjà beaucoup gagné en expérience et en maturité et nous le prouve avec "Something in Us Died", nous livrant des compositions plus finement travaillées et soignées que celles de "And Then Emptiness" et faisant pleinement démonstration du talent de chacun de ses musiciens. Tout y est, là où il faut : la maîtrise, l'inspiration et l'équilibre. Les titres s'enchaînent et prennent l'auditeur aux tripes un par un, et ce sans laisser à ce dernier un seul moment de répit — hormis lors du morceau "Walking Like Shades", piste la plus courte et la plus douce de l'album. À aucun moment leur longueur ne laisse place à l'ennui, ni leur lenteur à la platitude. Parmi les plus marquants, nous retiendrons le magnifique "Sulfur", le déchirant "Closed Hospitals" et le touchant "Walking Like Shades", à donner des frissons ; la palme de l'aboutissement revient cependant à "Closed to the Flames", qui clôture l'album en beauté par plus de huit minutes de tout ce qui en faisait le charme jusque-là — mention spéciale à son outro a cappella.
Au sujet des mentions spéciales, deux autres sont à attribuer. La première, à la section rythmique, qui se révèle diablement efficace dans l'exécution de la dure tâche qui est la sienne. Les bassistes, notamment, seront ravis de constater que leur instrument favori s'est vu attribuer un son particulièrement puissant et une place fort importante dans le mixage.
La seconde, à Éric, le chanteur-guitariste, qui en plus de jouer admirablement avec les différents aspects de sa voix, joue tout aussi admirablement avec les mots, livrant des textes poétiques et poignants qui, quand vous les écouterez — ou les lirez —, vous feront ressentir tout le désespoir qu'inspire au groupe son regard sur le monde. Avec cela, difficile de résister à l'envie de se mettre à hurler en duo avec lui ; oreilles et âmes sensibles s'abstenir.
Que peut-on finalement dire de Lòdz ? Assurément, qu'il s'agit d'un groupe certes encore jeune, mais déjà très prometteur, savant mélange entre Ghost Brigade, Katatonia et Alcest et qui semble bien parti pour trouver la place qu'il mérite dans la sphère restreinte du sludge metal. Tout au plus leur manque-t-il une pointe d'originalité pour se forger un univers bien à eux et se démarquer de leurs influences. Mais au fond, est-ce vraiment ce que l'on cherche dans un style comme le leur ? La question est ouverte. Cependant, quelle qu'en soit la réponse, il n'y a qu'un seul conseil à donner à Lòdz : celui de continuer sur la voie qu'ils ont choisie.
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