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Road-Album

Avis sur Songs for the Deaf

Avatar Khamsou
Critique publiée par le

Le soleil brille d'un rouge sang, reflétant sa lumière sur tous les nuages qui peuplent le ciel. Il n'y a aucun bruit aux alentours, dans cet étrange désert au sable ôcre, quand soudain un pick-up passe à toute vitesse. Un fumeur taciturne conduit, sans se soucier de ce qui l'entoure. À bord du véhicule, on retrouve également un roux, avec sa guitare électrique en bandoulière en passager. Ils s'emmerdent, et ne trouvent aucune radio potable. Fichu désert. Tout à coup, derrière eux, un gars mal rasé avec de longs cheveux noirs dégueulasses entame un beat sur la batterie qu'il a foutu à l'arrière. Un rythme sec et implacable. Josh Homme, le guitariste lance alors un riff avec son instrument pour accompagner son ami batteur, le légendaire Dave Grohl. Puis en une seconde, Nick Oliveri, sur le toit de la caisse, immense bassiste chauve au bouc improbable les rejoint avec sa basse et se met à hurler. Il en veut, il en veut beaucoup plus et emmène tous les autres dans sa folie. Une musique qui vaut des millions. Mark Lanegan le conducteur, sourit, balance son mégot par la fenêtre et accélère. Une fois la chanson terminée, le repos est de courte durée. Le roux, as du riff, relance le tout et se met à chanter à son tour une chanson, le cul entre la pop et le stoner, incroyablement efficace. Tout se met en branle. Même Mark répète en choeur avec son passager ces mots hasardeux : "No one knows". Avec cette chanson, la joyeuse compagnie se permet de tutoyer le ciel. Ils sont seuls, ils sont les maîtres. La troupe enchaîne avec une autre chanson et à eux seuls ils sont invincibles. Rien ne peut les arrêter, même les coyotes fuient devant leur passage, pour au final courir après eux, signant ainsi leur allégeance.

Une fois de plus ils se calment, mais Dave ne l'entend pas de cette oreille. Alors que Josh s'amuse avec deux notes de guitare lui se lance dans un solo de batterie prêt à mater un quelconque signe de rebellion. Mais il n'y en a aucun, qui oserait braver cette énergie dévastatrice qui pourrait ranimer un mort ? Même Mark le comprend et se met alors à chanter, une bouteille de whisky à la main. Une ôde à la route terriblement efficace balayant tout ce qui a déjà été fait dans le milieu. Les Deep Purple peuvent aller se rhabiller. Puis, comme pour pallier à cette chanson destructrice, la joyeuse bande se lance dans une musique envoûtante, presque mélancolique. Mark se focalise à nouveau sur la route et Josh refait vibrer le désert de sa voix. Derrière eux, le monde, les cactus et le ciel s'effrondrent dans une beauté bucolique. M'enfin faut pas abuser. Nick, toujours sur le toit s'emmerde. Après quelques shooters bien corsés, il se remet à hurler, si fort et brutalement que les rocs se cassent tout autour d'eux.

Puis la joyeuse cavalcade passe devant un arbre aux pendus, seul et immobile dans le désert, signe de mort, de dévastation... Et d'apaisement. Cela inspire Mark qui se remet à chanter, de sa voix la plus mélancolique tandis que les autres s'en donnent à coeur joie sur leurs instruments. La chanson terminée, le calme funèbre reprend place. Le conducteur essaie de bidouiller la radio mais Josh l'arrête tout de suite et balance avec hâte un riff qui semble soulever le pick-up au-dessus de la route. Emporté par le vent, le voyage continue. Go with the flow. Nick là-haut finit son pétard et se remet à chanter tristement. Dave inébranlable, continue son boulot et le roux accompagne le chauve de sa guitare ravageuse. Mark hoche la tête en approbation. Ici les musiciens quittent le commun des mortels.

Est-ce que le voyage serait à refaire ? Aucune hésitation, ils approuvent tous. Le son semble aller et s'écraser comme une vague tout autour d'eux. Le sable s'envole loin à leur passage. Plutôt que de croire en Dieu, les voyageurs du son semblent plutôt croire en leur radio. Plutôt que de la faire fonctionner, ils vont l'habiter. Et c'est Mark qui se colle au chant, un chant mystique et tout aussi envoûtant qu'auparavant, tandis que les autres se lance dans un blues corsé, violent, qui ne laissera personne indifférent. Ou alors ils mourront. La bande semble exténué par cet effort. Faire de la musique divine épuise, mais Nick se relève. Pour cacher ses larmes, il met ses lunettes de soleil noires et fait une dernière fois fonctionner sa voix. Et pourquoi pas une chanson d'amour ? Josh balance alors un riff venant d'outretombe pour aller tutoyer les anges, tandis que Dave derrière s'amuse avec des rythmes rappelent vaguement la musique latino. There's no reason to wipe, it's just another love song.

La chanson finit, la radio se met en branle. Elle les insulte, les méprise. Pour qui se prenne-t-il ? Le bassiste semble le premier à réagir et lance alors une dernière ligne de basse. Les fûts du batteur fracassants fracturent le sol derrière le véhicule, toujours fonçant vers l'inconnu, juqu'à en faire sortir de la lave, explosant au rythme du beat. Josh rejoint la fête avec sa guitare mais il semble en retrait, cette fois-ci. Mark sort alors de sa torpeur et se met à chanter pour la dernière fois. Tous ensemble, ils explosent, exhultent, subliment la musique, et tout ce qui a déjà été fait. Ils font une musique que même un sourd pourrait entendre et apprécier. Puis ils terminent de façon tout aussi brutal qu'ils avaient démarré. Le silence reprend sa place dans le désert. Des restes de LSD font alors surface dans le sang de la troupe, qu'ils avaient pris lors de l'été dernier et ils se mettent tous à rire comme des fous.

Le véhicule s'arrête. Le manque d'essence les ramène tous à une brutale réalité. Nick descend du toit tandis que les portières s'ouvrent pour voir sortir le roux et le brun taciturne. Josh s'empare alors d'une guitare acoustique qui traînait par là et entame une dernière chanson. Ils sont peut-être des reines, des dieux, lui reste humble et décide de chanter à la gloire de ces êtres insignifiants que sont les moustiques. Tous assis en rond, ils respectent la nature les environnant. Elle le leur rend leur gloire et le son d'un piano et d'un violon semblant sortir de nul part se fait entendre. Dave alors descend avec une caisse claire et une cymbale et repart pour un tour tandis que Josh chante d'une voix triste pour entamer un dernier solo, un solo de guitare de virtuose, touchant au coeur l'âme des membres. Tous ensemble ils se recueillent jusqu'à ce que la chanson finit, tout comme le voyage, tout comme l'album.

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