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Opeth ? Oui, mais pas celui que tu crois

Avis sur Sorceress

Avatar Rêve Lunaire
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Dans le monde du metal où la plupart des groupes cherchent la facilité pour satisfaire les fans de longue date, on ne saurait qu'apprécier l'audace d'Opeth lorsqu'il persévère dans sa déviance même après deux albums qui ont aliéné bien de fans de leur unique mélange de death metal et de prog mélodique. Après beaucoup de remaniements dans le line-up - il ne reste plus qu'Akerfeldt lui-même du groupe d'origine - on devait s'attendre à un changement marqué dans le style du groupe. On sentait déjà l'essoufflement de leur marque de fabrique dans Ghost Reveries et Watershed qui semblaient un pas en arrière après l'ambitieux couple Deliverance/Damnation qui nous a rappelé à quel point le son d'Opeth était ancré dans le rock progressif de Pink Floyd et Camel.

On se mentirait à soi-même en disant que Heritage et Pale Communion étaient réussis. On les sentait trop occupés à vouloir montrer qu'ils jouaient du prog des années 70, mais en toute honnêteté la plupart des morceaux étaient génériques même pour le genre. Pour quelqu'un comme moi qui a exploré un grand nombre de productions de l'époque, j'ai éprouvé la même indifférence qu'à l'égard de l'énième tentative d'émuler Yes ou KC. En dehors de quelques coups de génie comme Cusp of Eternity ça m'a laissé sur ma faim.

Sorceress prend pourtant une direction différente. On sera agréablement surpris d'y retrouver un album bien plus "Opeth" que les précédents, même si pas souvent de la façon qu'on se l'attendrait. Ce qui domine en effet ici ce sont les morceaux acoustiques qui ont fait partie de leur répertoire depuis le départ : pensez au début de To Bid You Farewell ou de Face of Melinda, à Benighted, à Patterns in the Ivy ou à Still Day Beneath the Sun... pour tout vous dire, moi qui n'ai pas été "naturellement" fan de death/black metal je n'aurais jamais écouté l'ensemble de Blackwater Park si je n'avais pas été ébloui par l'intense beauté de Harvest. La seule idée que le même groupe qui faisait du growl très méchant pouvait aussi produire une telle ballad mélancolique m'a transformé en groupie à vitesse grand V.
Et donc oui, pour revenir à 2016, nous sommes gâtés niveau charme acoustique. L'ouverture de l'album avec la gracieuse Persephone nous ramène un peu à Leonard Cohen mais surtout à Kveldssanger d'Ulver (autre band nordique qui n'a cessé de remanier son propre son tout au long des années). Avec Will O' the Wisp on est on ne peut plus proches de Harvest, tandis que The Ward se situe quelque part entre Camel et Simon & Garfunkel. On ne sentira pas dépaysé non plus avec les musiques du Moyen-Orient dans The Seventh Sojourn car on les a retrouvées à plusieurs reprises dans leurs opus passés.

Mais ce qui est encore plus étonnant c'est que les parties les plus "hard" sont à leur tour bien plus intéressantes et plus "Opeth" qu'avant. Si le morceau qui donne son titre à l'album commence avec des fantaisies prog assez classiques, il se mue assez vite en une marche sombre et puissante qui satisfait nos pulsions de headbang. Chrysalis n'est peut-être pas ce qu'il y a de meilleur ici, mais il n'est pourtant pas très loin des heures les plus heureuses de Blackwater Park.
On a enfin pas mal de pistes qui mélangent savamment acoustique et électrique comme ils nous ont habitués depuis longtemps : le final doom de Strange Brew n'est pas sans nous rappeler A Fair Judgement tout comme l'escalade électrique après le folk féerique de A Fleeting Glance nous ramènent une fois de plus à la même démarche dans To Bid You Farewell, tandis que The Wilde Flowers commence inversément sur des notes heavy pour finir en délicatesse. Mention spéciale enfin pour Spring MCMLXXIV qui clot l'album sur des airs d'Alice in Chains.

La version live de The Drapery Falls nous suggère que le choix du tout acoustique n'était pas entièrement volontaire, Akerfeldt ayant vraiment du mal à faire du growl comme à l'époque. Si tel est le cas, on doit être ravi du fait qu'il ait enfin retrouvé un peu de l'inspiration ancienne tout en ayant changé un peu les équilibres entre douceur et agressivité au profit de la première. C'est l'oeuvre la plus agréable et la plus prometteuse du groupe suédois depuis une décennie, alors autant se régaler.

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