Mélancolie glacée

Avis sur Souvlaki

Avatar Seijitsu
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Slowdive était un groupe à part et il l'est toujours.

Après m'être enquillé des dizaines et des dizaines d'albums de shoegaze et malgré l'extrême diversité de ce courant, Slowdive reste encore ce sympathique combo qui a rendu le bruit doux et agréable. Alors que My Bloody Valentine préfère nous charcuter les oreilles pour rendre ses mélodies encore plus belles. Alors que Ride privilégie des envolées mélodiques dignes des sixties entrecoupées de murs de guitares épiques, Slowdive privilégie la langueur et la non agression.

Ce n'est pas étonnant que ce groupe ai dû subir des railleries sur sa musique, mièvre et ennuyeuse en apparence. Seulement en apparence heureusement. Car terriblement maligne en profondeur, avec des choix sonores incroyablement pertinents où l'art de la production prend tout son sens, en particulier sur ce Souvlaki, leur chef d’œuvre. Ce n'est pas pour rien que Brian Eno, pape de l'ambient et père de la techno, vient ici signer une collaboration sur deux titres et les plus avant-gardistes du lot: "Sing" et "Souvlaki Space Station". Le premier, entièrement électronique et qui concurrence Autechre sur son propre terrain dans l'abstraction électronique, mais aussi dans son onirisme qui tendra à disparaitre avec les années. Le second pour son tsunami space-rock, soutenu par une basse dub massive (pléonasme) et qui fait par la même occasion le pont entre musique électronique et rock.

Le reste est évidemment plus classique mais tout aussi incroyable. Grâce à un sens de la mélodie unique et toujours ces sonorités extrêmement bien choisies qui sont uniquement là pour tisser des ambiances et non pour n'être que de vulgaires artifices pour enrober de simples chansons.

Avec ce disque, Slowdive tue le shoegaze et l’emmène aussi vers d'autres horizons. Il le tue pour la simple et bonne raison qu'il atteint le paroxysme du genre. On pourra citer d'autres disques à égalité avec celui-ci, que ce soit pour leur intérêt historique ou par goût personnel. Mais Souvlaki possède à la fois une cohérence inébranlable, des chansons à tomber par terre et une vision qui établit ce que sera déjà le post-shoegaze. Mélange entre shoegazing, post rock et électronique que des groupes comme Seefeel, Amp ou encore All Natural Lemon & Lime Flavors creuseront avec talent. Même le OK Computer de Radiohead a hérité d'une partie de ce disque. Cet autre chef d’œuvre des années 1990 jouant lui aussi sur un son froid et un rock désespéré. Et pour ceux qui seraient septiques, je les encourage à écouter la fin de "Karma Police" et de "Souvlaki Space Station", pour y constater une ressemblance troublante...

Avec du recul, ce n'est pas si étonnant que Pygmalion n'est plus rien à voir avec qui se fait ici. Slowdive avait tout dit, et continuer dans cette voie n'aurait été qu'une répétition et donc par conséquent, cela aurait été inutile.

Alors oui, on pourra dire que Slowdive est mou, un peu gnangnan voire carrément chiant. Mais il reste cet album, partagé entre son romantisme d'adolescent et ses trouvailles sonores dont l'influence s'est répandu sur presque 20 ans de musique populaire alors qu'on la mesure à peine aujourd'hui.
Il reste la musique et cette musique, et bien, elle est toujours aussi belle et unique.

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