Alan Silva, Roger Turner, Misha Lobko, Didier Petit, Bruno Girard – Take Some Risks – (1989)
Alan Silva est certainement un des grandes figures du free jazz, de par son instrument mais également comme catalyseur d’énergie, lui qui fut à l’origine de l’extraordinaire et historique « Seasons », à la tête du fantastique « The Celestrial Communication Orchestra » qu’il mena aux frontières du possible, peu après le déjà magique « Lunar Surface », de soixante-neuf…
Alan Silva aime la France qui a su l’accueillir et le comprendre, rien d’étonnant à le retrouver sur le jeune label « In Situ » pour cet album, en novembre quatre-vingt-six à la Galerie Maximilien Guiol, à Paris, tel que présenté sur la pochette.
Cette dernière est très informative et nous présente également les musiciens rassemblés par le contrebassiste, Roger Turner aux percus, Misha Lobko aux clarinettes, Didier Petit au violoncelle et Bruno Girard au violon. Un assemblage autour des cordes, sans surprise.
Les musiciens se connaissent et sont familiers, mais sont réunis pour la première fois sous cette forme. Réunion d’amitié et de projet. La première pièce est considérable, comme aime Alan Silva, elle consiste en un long titre de plus de quarante-cinq minutes, « Standard Equipment » découpé en quatre mouvements assez équilibrés.
Cette petite galerie d’art qui les accueille sera le témoin d’une rencontre rare et fertile, accordant sa part à la musique free, trop souvent oubliée ou minorée. Sans surprise l’improvisation est reine et réserve de grands moments, particulièrement lors du troisième mouvement, intense et riche, plein de vivacité et d’une grande intensité.
En écho au titre, chacun prend en effet ses risques et participe à l’élévation commune, d’autant que chaque partie de l’album est signée par un des membres, chacun devenant une partie du tout, si on y intègre la seconde et courte pièce qui termine l’album, « Some » signée Roger Turner, d’un peu plus de huit minutes.
Un pur moment de free jazz où « aucun effet n’a été rajouté » comme indiqué sur les notes de pochette, la pièce principale est une grande manifestation de free devenue hélas trop rare, toutes ses cordes tricotent avec brio des oripeaux majestueux accompagnés par la batterie-jouet d’un Turner coloriste et d’un Misha Lobko qui clarine avec doigté.