Michel Doneda / Beñat Achiary / Kazue Sawai – Temps Couché – (1998)
Michel Doneda et un joueur de saxophone soprano qui n’a pas trop fréquenté les écoles de musique, mais s’est frotté à de multiples improvisateurs qui ont apprécié son jeu et son savoir-faire. Le bouche à oreille a fait le reste.
C’est ainsi qu’il a beaucoup voyagé, traversé les continents en jouant les musiques du monde qu’il a côtoyé, avec cette ouverture d’esprit qui le caractérise. Ici il joue en trio avec le vocaliste Beñat Achiary qui joue également des percussions. Je l’ai évoqué par ici il n’y a pas si longtemps.
Ce dernier possède une façon de chanter qui peut surprendre et même heurter certains, peu adeptes des équilibres un peu casse-gueule qu’il met en place avec beaucoup d’audaces.
Le troisième est le japonais Kazue Sawaï, joueur de kotos, cet instrument qui a traversé les âges, dont le rôle peut se comprendre de multiples façons. Il peut être joué en solo, ou bien de façon plus rythmique, l’éventail qui nous est proposé est plutôt large et permet d’évaluer sa pluralité.
Cinq pièces sont jouées ici, enregistrées à la « Collégiale St-Pierre La Cour », du côté de la Mayenne, en mai quatre-vingt-dix-sept, une période où ce genre de musique se jouait dans de nombreux circuits, qui permettaient aux musiciens audacieux de vivre.
C’est l’Europa Jazz festival du Mans qui organise ces spectacles, même s’il peut paraître extraordinaire d’organiser un concert de free jazz en pleine ruralité, dans un petit village qui semble perdu dans la campagne.
Chaque pièce est une lettre du mot « TEMPS », en totalité la musique dure environ quarante-huit minutes, durée habituelle à l’époque. La musique se déploie avec une grande liberté, quitte à surprendre !
Il est difficile d’imaginer la réception que reçut cette musique lors de ce concert, peut-être tomba-t-il à la façon d’un OVNI, ou bien séduisit-il ceux qui se déplacèrent, et la cohorte des habitués de ce genre de musique, pas très loin du Mans où se trouve toujours la boutique des « Allumés du jazz ».
C’est précisément ce « laissez aller » qui fait plaisir, cette audace sans frein qui s’exerce ici, avec toute la liberté qui s’entend dans la le chant de Beñat Achiary, les vibrations centenaires du koto qui chante ici, et le sax soprano de Doneda, riche de tous les timbres et des interrogations.
Un album étonnant qui plaira aux risque-tout des musiques sans frein… A rapprocher du « Sitting On Your Stairs » de Lol Coxhill & Michel Doneda.