Tet
7.7
Tet

Album de Masada (1998)

Masada – Tet – (1998)


Et voici le neuvième album de l’aventure Masada, côté studio, on pourrait penser qu’il résume assez bien le parcours de cette extraordinaire formation. Le succès est là, et même un peu plus, la série a fortement contribué à la légende de Zorn, son nom est maintenant connu et partagé, sa musique est écoutée, c’est le moment que le démiurge va bientôt choisir pour passer à une nouvelle étape, construire une autre maison…


Eternel insatisfait peut-être, mais aussi curieux de tout, avec des idées qui bouillonnent et le traversent, Zorn ne peut résister à la tentation de l’aventure, quitte à faire des choix risqués ou même désastreux, mais qu’importe il avance, prend des risques et les assume seul. Jusqu’au bout de la route il obéira à ses foucades, il ne sait faire autrement, là est son chemin, son destin, et son génie aussi…


Ce « Masada neuf » peut en effet, résumer pas mal de choses qui se sont opérées lors de l’aventure Masada, à commencer par le rôle des musiciens qui a un peu évolué, chacun prenant une place de plus en plus importante dans la mixture commune, à tel point que Greg Cohen et Joey Baron pourraient être les nouveaux héros de ce neuvième opus.


A tout le moins le partage se fait à égalité, ce qui est notable, mais de plus en plus Zorn s’échappera des formations avec membres fixes, il préfèrera l’altérité et le changement, s’effacera même en tant que musicien, délaissant la tâche, malgré qu’il soit un extraordinaire saxophoniste. C’est également, pour l’amateur de jazz, l’occasion, au travers de ces « Masada », de pouvoir l’entendre et l’apprécier en tant que musicien, rôle dans lequel il brille avec excellence.


On retrouve ici son goût pour la musique klezmer et la musique traditionnelle juive qui l’influence, tout du long il restera un interprète émérite de cette partie de son identité, car, faut-il le préciser, il garde au fond de l’âme un esprit militant et profondément attaché à ses racines et à sa culture. Assez souvent il aime porter des vêtements kaki, ou de camouflage, comme s’il vivait comme un guerrier.


Mais il y a cette influence « Jazz » qui domine majoritairement, avec une tendance à rendre hommage à Ornette Coleman, plus qu’à John Coltrane. Probablement cette continuité post-bop lui paraît-elle plus évidente chez Ornette, qui puise dans be-bop et le hard bop, alors que Coltrane suit une route différente, habitée, qui ne cherche pas de voix logique, qui est celle d’une quête infatigable et d’abord spirituelle…


Et puis ici, se trouve ce qui le caractérise le plus, sans parler de son imagination, de sa très grande culture et de sa créativité sans borne, je veux parler de la haute exigence de son travail ainsi que de celui de ses partenaires, il est presque ahurissant d’arriver à un tel niveau de perfection.


Ce neuvième volume est donc parfaitement réussi, réunissant un peu tout ça, de l’excellence un peu partout, il ne me semble pas que les derniers albums de Masada soient tellement fêtés, et bien celui-ci, me semble-t-il, le mériterait bien.


On y trouve de tout : de chouettes ballades, des pièces un peu free, d’autres davantage post bop, de magnifiques solos des uns et des autres, de belles mélodies, des passages dansants, d’autres où on frappe du pied, et d’autres encore où on remue la tête, avant qu’elle ne se perde…

xeres
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le 26 mai 2025

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