Après un EP 4 titres sorti l’année précédente, les Suédois d’Axe Witch reviennent avec un premier album étonnant et original qui se démarque de la New Wave of British Heavy Metal en vogue à l’époque et de la scène scandinave en plein essor. En optant pour un metal épais, chaud et mélodique, aux lignes de chant soignées, ils ne marchent sur aucun sentier balisé. Loin des lumières trompeuses du show business, ils choisissent tout d’abord de n’apparaître que sous leur prénom ou surnom, coproduisent leur disque et le font paraître sur de petits labels, dont Megaton pour l’Europe, un label très actif dans le metal à cette période, mais qui disparaîtra assez vite.
Le son de ce neuf titres est assez sourd, mais cela donne une couleur particulière à chaque morceau qui s’allie bien à la voix grave et déclamative de Wallen. Cette personnalité mène le bal dès « Axe Victim », un morceau ambitieux, enjoué, en dépit des gammes mineures employées par les guitaristes et du thème abordé. L’auditeur se retrouve immédiatement embarqué dans un univers nuancé, aux nombreux changements de rythmes, et au refrain simple mais efficace. Vient ensuite « Just Another Lunatic », un titre speed, qui fait la part belle aux duels de guitares, une des caractéristiques du groupe. Le charme de ce morceau tient dans ses ambiances étranges qui se développent en touches progressives et qui conduisent à « High Power », une chanson au refrain mélodique, mais aux riffs furieux. Comme tout au long de l’album, la section rythmique assure une assise impeccable, même si on peut se dire qu’avec davantage de moyens, la caisse claire aurait pu sonner un peu mieux. Après un court instrumental d’ambiance, « Sinner » s’annonce comme l’un des titres les plus ambitieux et les moins immédiatement accessibles du groupe. A la manière d’un Diamond Head, Axe Wicth développe un récit déclamé par Wallen, dans lequel les nombreux changements de rythmes déconcertent et envoûtent. Pour 1983, c’était assez osé et pour le moins déroutant, mais avec le recul, on se rend compte que c’est un titre d’une grande qualité.
La seconde face débute par une introduction à l’orgue qui conduit à la chanson éponyme et qui joue avec des atmosphères sombres sur un rythme de cavalcade entraînant, coupé par des breaks que l’on retrouvait chez les Japonais de Loudness à cette même période. Complexe, habilement construit, aussi bien dans ses passages instrumentaux que dans ses lignes vocales, « The Lord Of Flies » propose une belle synthèse des premiers Judas Priest et de Thin Lizzy, auxquels s’ajoutent les éléments déjà évoqués. De Thin Lizzy, il en est encore question sur « Down Town », un morceau bien plus chaud que le reste de l’album et qui s’appuie sur un riff plein de groove et des interventions de guitares étonnantes. L’album se termine sur « Seven Angels », une chanson moins évidente que les précédentes, mais qui propose une construction intéressante avec cette montée en puissance jusqu’au refrain. Encore une composition qui fait la part belle aux guitares dont les riffs, les duels et les solos se révèlent étonnants.
Un disque atypique pour l’époque et qui, comme le groupe, n’a pas bénéficié d’un grand soutien. Dommage, parce que sous une pochette simple et attirante, se cache un des meilleurs albums de cette année 1983.