Aladdin Space

Avis sur The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the...

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Ce décompte-là on l'avait pas vu venir.

Il a eu lieu en stéréo, un peu camouflé par le reste, pas comme celui de Space Oddity. Il a probablement démarré à peu près au même moment, initié à ta naissance. Parce que là je parle pas de la naissance de David Robert Jones, mais de celle de David Bowie. L'artiste protéiforme, le génie illuminé. Et on le sait, lui il est né avec Space Oddity, au cours d'un décompte mythique, et d'une ascension dans l'espace. Et comme dans Space Oddity, arrivé au terme du décompte, c'est l'envol. L'adieu.
Un David in the Sky with Diamonds.

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Les diamants... T'en connais un meilleur symbole du glam rock ? David à part bien sûr. Parce qu'au début des 70s, The Man Who Sold the World et Hunky Dory signent la naissance du glam rock. C'est un androgyne, maquillé, dandy qui se présente sur scène, pour crier un retour aux racines du rock en partant sur Mars. Ça attaque les yeux, ça brûle les rétines, ça s'imprime dans ton cerveau. C'est de la provoc.

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Après avoir secoué les sujets de Sa Majesté, et accessoirement inspiré la mouvance punk à venir, David s'efface pour la naissance de son alter ego Ziggy Stardust. Un monstre de charisme aux cheveux rouges, une bête de scène qui symbolise l'excès du glam rock.
The Rise and Fall of Ziggy Stardust. Ziggy monte, mais redescend aussi. Bowie l'a compris, la musique ne changera pas le monde.

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Si elle ne changera pas le monde, alors autant jouer de l'excès. Excès de provocation, personnification de fantasmes ahurissants, Bowie se sert de son personnage pour capturer la décadence qui guette. La musique ne nous sauvera pas, mais elle peut toujours avoir un pouvoir évocateur inouï. Le monde l'a bien compris, Bowie devient une icône, un messie de l'apocalypse.

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Après Aladdin Sane, toujours sous les traits de Ziggy, Bowie décide finalement de tuer symboliquement Ziggy Stardust. The rise and fall... Tout ce qui monte se destine à descendre, et plus dure sera la chute.
Après s'être débarrassé de cet alter ego envoûtant, il sombre dans la dépression, la mégalomanie, la paranoïa. Dépassé par sa propre importance, incapable d'assumer ce rôle d'icône, Bowie se réfugie dans la cocaïne et dans des délires mystiques.

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Dans la deuxième moitié des années 70, Bowie emprunte ses influences à la funk, la soul, pour proposer une funk froide, presque mécanique. C'est lors d'une de ces tournées qu'il créera un nouveau personnage, le Thin White Duke, modèle d'élégance décontractée.
Mais dans sa vie privée, Bowie reste perturbé, ravagé par la drogue, perdu dans une galerie des glaces intérieure, ne sachant plus où commencent ni où s'arrêtent ses personnages.

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Le salut viendra d'un départ à Berlin, pour une trilogie d'album (Low, Heroes, Lodger) qui relancent Bowie. En côtoyant Iggy Pop, il renoue avec ce qui a fait sa force, des albums en avance sur leur temps, parfois difficiles à suivre, mais toujours passionnants. Puisant des inspirations européennes et notamment allemandes, ou africaines, la trilogie berlinoise constitue un sommet dans la carrière de Bowie, salué plus par la critique et le public européen que par une partie de son public américain.

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Tout sourit alors à Bowie. Succès des albums, débuts au cinéma, clips mondialement adulés. Mais tout ce qui monte doit redescendre. Dans les années 90 et 2000, Bowie s'embarque dans des albums plus complexes, plus exigeants, qui perdent parfois le public et la critique. S'il ne tombe pas aux oubliettes, il recule du devant de la scène, moins exposé qu'auparavant.

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Pendant ces années plus discrètes, il reste au public le souvenir d'années passées à boire chaque album de Bowie. Ses albums continuent à orner fièrement toutes les collections du monde, ses tubes continuent à résonner fort dans les coeurs et les têtes de tout un chacun.
Portée par les hommages innombrables et les références infinies, l'oeuvre de Bowie fait partie de nous, elle fait partie de la culture. Sans fin est la liste des artistes influencés, consciemment ou non, par Bowie.

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Bowie a réinventé la pop. Il a créé le glam rock. Il a initié le mouvement punk. Il a donné naissance à la musique électronique.
S'il n'est sans doute pas l'inventeur de tout cela, il en est le vulgarisateur. Un artiste capable de regrouper une infinité d'influences, de styles, pour en créer un produit d'une efficacité folle. Si le monde a découvert ces styles, c'est grâce à Bowie.
Icône pop, icône glam, icône culturelle avant tout, Bowie est une légende qui laissera une empreinte indélébile dans la musique. Un artiste touche-à-tout d'une folie et d'un génie créatif spectaculaires. Un dandy saltimbanque, créateur d'émotions. Un chanteur schizophrène, perdu dans ses mondes, mais capable de les partager.

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On le sait David, tu seras pas toujours là.

"Though nothing, will keep us together
We could steal time, just for one day
We can be heroes, for ever and ever
What d'you say?"

Alors si tu sens que tu t'en vas bientôt, préviens-nous. Ce sera sans doute pas avant longtemps, mais laisse-nous nous préparer. Laisse-nous te rendre hommage. Parce que quand tu partiras, on le sait, tu monteras tout là-haut, mais tu redescendras pas cette fois.
Avant qu'on ne puisse plus qu'avoir des souvenirs, qu'on ne puisse plus qu'admirer l'étoile barriolée avec des paillettes au milieu du ciel, dis-le-nous. "We could steal time".
Enfin je te dis ça, on a sans doute le temps de voir venir.

Lift off.

Putain de merde.

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