Rodrigo Amado, Carlos Zíngaro, Ken Filiano – The Space Between – (2002)
Pendant l’été deux mille deux ces trois-là se sont retrouvés pour ce qui est le premier enregistrement officiel de Rodrigo Amado dans la chronologie de Discogs, mais il y en eut d’autres auparavant. Ce musicien portugais a pris une belle place dans la musique jazz européenne et en est devenu une figure influente. Il est donc intéressant de s’y attarder un peu…
Pour ma part, la première fois que je l’ai écouté c’est sur le fameux « Live at Casazul », qui fit un peu de bruit lors de sa sortie. En effet l’album était le point de rencontre entre le groupe instrumental psyché rock « Black Bombaim » et le saxophoniste Rodrigo Amado, le guitariste du groupe « Earthless » Isaiah Mitchell et Shela aux synthés, avec un résultat plutôt excellent et un album qui se vendit pas mal, il me semble.
Depuis cette période, l’expérience d’ Amado s’est encore épaissie, amenant à de nombreuses rencontres avec des piliers du free jazz européen ou mondial, comme Joe McPhee, Kent Kessler et Chris Corsano pour la formation « This is our language », Alexander von Schlippenbach, Ingebrigt Håker Flaten ou David Maranha.
Pour ce qui concerne cet album le concept de départ provient d’ Amado qui souhaite que les trois se tiennent au centre du studio autour de la « composition en temps réel ». Pour se faire le violoniste Carlos Zíngaro est un partenaire idéal, expérimenté et improvisateur éprouvé, également familier de la musique classique. L’autre pôle étant le contrebassiste Ken Filiano qui lui aussi se partage entre musique jazz, classique et contemporaine.
Dans un tel contexte la musique est de très haute tenue, le jeune Amado, né en soixante-quatre, est également le cofondateur du label portugais « Clean Feed » avec Pedro et Carlos Costa, extrêmement prolixe et intéressant, qui sort cet album avec le numéro quinze. On apprécie la qualité sonore, extrêmement fine, la relation entre les trois toute en spontanéité, malheureusement je ne connais pas le « secret » de cette composition « en temps réel », et en quoi elle se distingue de l’improvisation collective, ni même s’il existe une distinction, mais ça viendra…
On comprend tout de même que la création collective s’organise d’après l’espace, comme l’indique le titre « The Space Between », reste à définir de quel espace on parle, entre quelles limites, s’il y en a. Mais l’album est beau, quelques passages évoquent la musique contemporaine, plus que le jazz, comme sur « Horn, Strings & Sound ».
J’ai oublié de préciser qu’ Amado joue des saxs alto et baryton. Un album très intéressant, avec des pointures…