Encore une équation parfaite !

Avis sur The Theory of Everything

Avatar Evanizblurk
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Alors qu’en 2008 sortait l’album '01011001', au terme d’une période d’ailleurs difficile pour son concepteur Arjen Anthony Lucassen, ce dernier avait annoncé en avoir terminé avec ce cycle de la saga opera-metal Ayreon et ne pas encore savoir s’il allait y donner une suite sous forme d’un nouveau départ ou non. Après avoir sorti, en guise de conclusion, une rétrospective de ce cycle peu de temps après, le grand monsieur hollandais n’est pas resté inactif, loin s’en faut, et s’est consacré à une petite flopée d’autres projets. Il créé en 2009 le projet Guilt Machine avec un 'On This Perfect Day' plutôt réussi, puis donne en 2011 une suite à son projet parallèle Star One avec l’album 'Victims Of The Modern Age', avant de se concentrer sur la réalisation d’un album solo qui verra le jour un an plus tard sous le nom de 'Lost In The New Real'.

Tout ceci s’est révélé fort satisfaisant, mais en tant que fan de son principal projet Ayreon, ces doubles albums épiques remplis de guests et d’influences diverses me manquaient cruellement. Aussi, quelle ne fut pas ma joie lorsqu’un nouvel album d’Ayreon fut annoncé en 2012 ! Puis les choses se sont accélérées : annonce du titre, confirmation qu’il sera le début d’un tout nouveau cycle, mais également un double album, dévoilement de la pochette (magnifique au passage – j’y reviendrais), de la tracklist… et annonce des premiers noms dès l’été 2013.

A l’instar de 'The Human Equation', Arjen voulait travailler pour cet album avec des invités inédits dans l’univers d’Ayreon. M’étant habitué à ses précédent guests vocaux, dont certains font partie de groupes que j’apprécie beaucoup, la grande question était de savoir si ces nouveaux guests me seraient connus ou non. Et oh surprise, premier d’entre eux à être annoncé : Marco Hietala de Nightwish. Joie ! Puis les noms s’enchaînent, certains me sont inconnus (JB de Grand Magus, Sara Squadrani de Ancient Bards, Michael Mills de Toehider, ou encore John Wetton – oui je suis d’une jeune génération, pardon), mais s’ajoutent également à la liste Cristina Scabbia et Tommy Karevik que j’apprécie beaucoup dans leurs groupes respectifs que sont Lacuna Coil et Kamelot. A côté de ça, notons également quelques musiciens de légende tels que Jordan Rudess (Dream Theater), Keith Emerson et Rick Wakeman aux claviers ou encore Steeve Hacket (Genesis) à la guitare… De quoi démarrer sous les meilleurs auspices !

Quelques mois plus tard, le Saint Graal est enfin en main. Que dire ? Déjà, l’édition Artbook limitée est magnifique. La pochette est, comme d’habitude depuis plusieurs albums, peinte par l’artiste belge Jef Bertels. Si le style est reconnaissable entre mille, les thématiques sont ici radicalement différentes de celles des albums précédents : pas de machine futuriste étrange, pas d’édifice biscornu (si ce n’est un phare quelque peu stylisé), pas de planètes dans le ciel… la composition est à l’image du concept de l’album : bien plus terre-à-terre et dénuée d’éléments SF. Les couleurs sont également différentes et l’artiste a opté ici pour un bleu dominant et de très bon ton. L’œuvre est réussie et donne envie d’aller plus loin.

On pourrait faire exactement le même constat du point de vue musical : le style d’Arjen est lui aussi reconnaissable entre mille malgré ce changement de direction opéré dans le concept. Mais quelques nouveaux éléments font cependant leur apparition, avec notamment des influences folkloriques très marquées apportées par les Uileann pipes et les pipeaux de Troy Donockley, les flûtes de Jeroen Goossens ou encore le bouzouki irlandais de Michael Mills, mais aussi une dimension parfois très cinématographique grâce aux orchestrations de Siddharta Barnhoorn. La belle part est d’ailleurs faite aux parties instrumentales, liberté que s’est permise Arjen en ne faisant appel qu’à 7 chanteurs ('01011001' en comptait pas moins de 17 !).

Mais bien évidemment, LA grande nouveauté, c’est ce découpage très particulier de l’album. Celui-ci est en effet composé de 4 grandes pièces épiques de plus de 20 minutes, redécoupées en plusieurs pistes de moins de 4 minutes. 42 pistes pour être précis (et oui, avec un titre comme 'The Theory Of Everything', ce nombre n’est pas anodin, de l’aveu même de Lucassen). Lorsqu’on est habitué avec Ayreon aux pistes longues de parfois plus de 10 minutes, ça fait mal. Mais il ne faut pas s’y tromper : la musique s’enchaîne sans interruption et c’est bien 4 pièces musicales que l’on a au final, et non pas 42. On peut du coup s’interroger sur la pertinence de ce sur-découpage, qui a tendance à faire marquer des pauses sur certains lecteurs entre les différentes pistes et donc à altérer quelque peu l’intégrité de l’écoute. Ce format permet par ailleurs difficilement l’isolation des pistes pour les écouter seules, celles-ci n’ayant du sens qu’en étant intégrées parmi les autres constituant une même pièce. C’est donc peut-être le seul bémol que l’on peut poser sur cet album. Cependant, aux dires du principal intéressé, c’était d’avantage une décision purement marketing de la maison de disque que sa décision propre, son souhait initial étant bel et bien de découper l’album en 4 pistes seulement. On peut comprendre les deux parties, mais il aurait été plus agréable à mon avis de ne pas sur-découper.

Mis à part ce détail, cet album est pour moi parfait. La balance entre les parties chantées et instrumentales est bien équilibrée. La musique est cohérente et nous transporte, et pour la première fois, on retrouve des thèmes récurrents qui accentuent encore l’aspect cinématographique de l’album. Si l’album peut s’avérer dense et difficile à appréhender d’une traite du premier coup (principale crainte d’Arjen, de son propre aveu), ces accroches peuvent aider à mieux faire passer la chose… Même si je n’ai personnellement eu aucun problème à me plonger dans ce voyage musical !

Les chanteurs sont quant à eux tout simplement brillants - comme d’habitude dans les albums d’Ayreon. Arjen a toujours eu à mon sens le don pour trouver comment sublimer la voix de ses guests et les rendre encore meilleures que dans leurs projets respectifs, et cet album ne déroge pas à la règle. Je suis notamment bluffé par la prestation de Tommy Karevik en comparaison à ce que j’ai pu entendre de lui dans Kamelot ou Seventh Wonder (groupe auquel je n’ai fait que jeter une oreille pour le moment). De même, chaque album d’Ayreon me fait également découvrir et apprécier de nouvelles voix qui m’étaient jusqu’alors inconnues, et ici je me dois attribuer une mention toute particulière à JB (de Grand Magus) que je trouve très bon et convaincant. Bien entendu, tous les autres chanteurs s’en sortent également à très bon compte.

Quant au concept, il change assez radicalement de cette fresque SF complexe qu’Arjen avait tissée dans les précédents opus, et se concentre d’avantage sur les relations entre les protagonistes. Relations d’amitié, d’amour, de rivalité, relations parents-enfants ou encore mari et femme sont les maîtres mots, sur fond de drama racontant l’histoire d’un jeune génie un peu autiste et de son père scientifique capable d’aller jusqu’à le droguer pour résoudre l’équation universelle de la théorie du tout. L’histoire se veut plus terre-à-terre, et donc les dialogues entre les personnages sont plus simples, plus naturels, certains diront peut-être moins recherchés… mais les protagonistes n’en ont jamais été aussi vivants ! Et si la science-fiction n’est plus de mise, il est cependant toujours question de science dans cette fiction, Arjen ne pouvant tout de même pas abandonner comme ça tous ses thèmes de prédilection. La chute (que je ne spoilerai pas ici) introduit quant à elle une dimension fantastique et mystérieuse et laisse le champ ouvert pour une suite…

Eh bien, Mister L., cette suite, je l’attends encore une fois avec une grande impatience ! En attendant, merci pour ce nouveau chef-d’œuvre, ce bijou que je ne me lasse pas d’écouter depuis sa sortie, et auquel je donne un bon 10 sans sourciller !

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