Rodrigo Amado, Joe McPhee, Kent Kessler, Chris Corsano – This Is Our Language – (2015)
Le saxophoniste ténor portugais Rodrigo Amado a pris pas mal d’ampleur ces dernières années, il est sans doute l’une des figures majeures du jazz européen, même si on ne parle finalement qu’assez peu de lui, et qu’il n’est quasiment pas chroniqué dans les deux magazines de jazz visibles en kiosque qui nous restent en France, sauf erreur de ma part…
Cette petite remontée dans le temps, onze années en arrière pour la diffusion, mais quatorze pour la véritable conception, en dit beaucoup, un album sensationnel, avec des jazzmen internationaux de grande dimension, qui sont restés fidèles au saxophoniste jusqu’à ce jour, et pourtant il suffit d’écouter…
Amado est donc accompagné par Joe McPhee à la trompette de poche et au sax alto, Kent Kessler à la contrebasse et Chris Corsano à la batterie. C’est de la super bonne, plutôt moderne et d’avant-garde, mais avec des assises solides qui envoient des messages de liberté artistique tout du long, mais sans manifestation excessive…
Ici la rébellion se cantonne au seul message contenu dans le titre « Voici notre langage », c’est à la fois peu et beaucoup, mais on en redemande et, surtout, remonte l’album d’Ornette qui s’appelait « This Is Our Music » en soixante et un. Il y a comme une modestie chez Amado qui se pose peu à l’avant, ni dans son style, expressif mais retenu dans sa flamme, un grand technicien mais il y en a tant, et une tenue qui le contient bien qu’il boue à l’intérieur, cela se sent…
La troisième pièce est dédicacée à Joe McPhee qui ne la joue pas, il faut dire qu’il est une sorte de « géant » qui semble courir les enregistrements, tellement il est appelé de partout. C’est peut-être le saxophoniste/trompettiste le plus doué du moment, figure éminente du free jazz et des scènes européennes, même si pas trop chez nous, toutefois…
Certes l’album n’est pas très long, environ quarante-deux minutes, mais il se tient haut tout du long, et l’heure n’était pas encore aux concerts de fond qui dépassent la mesure et vident les musicos de leur énergie. Je suis bien content de l’avoir déniché, bien qu’il soit paru sur le label polonais « Not Two », sans doute pas super bien distribué, mais le Cd est magnifique dans sa livrée de gala !
A suivre, très certainement.