Variation for the greater good ?

Avis sur To the Bone

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Steven Wilson, c'est l'histoire d'un musicien qui avait envie de faire ce qui lui chantait (bien vu). Après 30 ans d'une production plutôt progressive, Wilson annonce son envie de se rapprocher d'une composition plus axée pop, s'inspirant des nombreux artistes/groupes pop des années 80 que lui avait fait découvrir sa maman.

Alors on s'adapte et on laisse de coté l'aspect conceptuel pour laisser la place à un "song-based album" comme le dit l'intéressé. Et ça fonctionne. Nonobstant les fans de prog de la première heure, il faut reconnaître que Steven Wilson sait y faire dans tous les genres et nous l'a montré récemment avec des productions aux accents plus électro. Ici, le terme “pop” s'aligne sur sa définition des années 80, le musicien anglais invoquant Tears for Fears, Talk Talk, Peter Gabriel et consorts, rien que ça. Album résolument plus moderne, To The Bone donne le ton dès le début, avec une observation du monde contemporain sans jamais aller se noyer dans le politiquement engagé ni dans les lourdeurs que ces thèmes pourraient invoquer.

To The Bone fonctionne dans les points de vue utilisés, Wilson se mettant, comme il l'aime tant, dans la peau de personnages concernés par les différents thèmes (People Who Eat Darkness et Detonation pour le terrorisme et le fondamentalisme religieux, Refuge pour les conditions de vie des réfugiés), et par la diversité des styles musicaux choisis, alternant entre la pop funky et la pop sophistiquée, l'électro, en passant par le prog et le punk... L'Anglais évite les pièges que pourraient barrer ce projet ambitieux par une audace certaine qui résonne particulièrement sur cet album.

Chaque morceau avec Wilson est travaillé et vient illustrer une idée réfléchie, une volonté de mettre en musique sa vision du monde, sans jamais rechercher le remplissage. Le tout en créant à nouveau un album qui est un voyage, une route bien dessinée, pourtant difficile d'un point de vue personnel à la première écoute, du fait de 5 singles sortis avant le disque complet, dont 4 s'enchaînant au début de l'album, ce qui naturellement vient compliquer la chose. Le morceau “polémique” du disque, Permanating, même si pas forcément transcendant, prend une dimension tout à fait différente de par sa position, étant précédé par un Refuge au ton profondément mélancolique. Ce dernier, touchant et profond, avec People Who Eat Darkness, pour son audace, ses lyrics puissants et son riff de guitare détonnant, ainsi que Detonation, de par son aspect particulièrement cinglant, viennent s'établir comme les morceaux clés du disque.

Malgré tout, la difficulté pour cet album est de venir s'aligner sur le niveau de ses prédécesseurs. Alors certes, il est complexe voire peu à propos de comparer To The Bone à ces derniers, si différents tant dans leur(s) style(s) que dans leur construction. Il n'en reste pas moins qu'avec un artiste comme Wilson, la sortie d'un nouveau disque suscite chez les fans de la première heure dont je fais partie des attentes parfois disproportionnées. L'attente d'un chef-d'oeuvre se heurte ici à une dure réalité : l'album n'est pas aussi bon, pas aussi abouti que les trois derniers, aux ambiances plus réussies, et à la cohérence plus forte.

To The Bone est donc certes moins marquant que ses compères mais demeure un album réussi, grâce notamment à sa diversité, un point qui importe particulièrement à Wilson, qui sait décidément varier les plaisirs. Simplement, c'est peut être ce concept de morceaux très variés au sein d'un même disque qui le rend légèrement inférieur à sa production habituelle. Cela dit, il reste un album idéal pour découvrir un artiste compliqué plus en profondeur.

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