Si je devais résumer en une phrase Two heads are better than one, je dirais que notre rockeur traumatisant a croisé Elvis avec Frank'n Furter et les a intégré à son habituel rock psychobarré entraînant avec des références par dizaines et une ambiance digne de la première saison de The American Horror Story.
Avant de découvrir la musique, il y a la jaquette : elle est sobre, claire et travaillée, à la fois dérangeante et vieillotte, comme drôle et enfantine. Les titres des morceaux, eux aussi, sont très travaillés, et il n'y a pas une compo qui ne porte pas le nom d'un « master/monsterpiece of rock ». Puis, on allume la chaîne et on découvre la musique...
Ce qu'il faut savoir, ou plutôt, ce que l'on découvre, quand on écoute pour la première fois THABTO, c'est qu'il ne faut s'attendre à rien de la part de Traumatisme. Dès le premier morceau, on est transporté dans un monde à la fois très différent, mais aussi très similaire, de ce que l'on connaissait déjà.
Le fait est que notre auteur-compositeur-musicien-mixeur-producteur a décidé d'expérimenter de nouvelles techniques musicales et a tenté un voyage dans le temps, à une époque alternative précédant cette apogée du rock'n roll où pour être un vrai dur, il fallait avoir une voix a faire péter les miroirs...
Une fois le premier choc passé, on découvre vraiment THABTO, sa profondeur ainsi que sa légèreté, et la première chose qu'on se dit c'est « Putain, il sait toujours aussi bien composer ! », J'admire cette capacité à écrire le refrain du siècle, cette mélodie qui reste des heures dans la tête sans partir. Un peu comme les tubes de l'été mais où la qualité est au rendez-vous. On retrouve donc pleinement Traumatisme : ces rythmes enjoués, fanfaronnesques et rock'n rollesques. Mais il y a un petit plus, un petit décalage étrange, qui nous donne l'impression d'être dans une comédie musicale, un cirque de monstre, dans la quatrième dimension ou un mix entre les trois.
Ensuite, on découvre les textes, et cette fois encore, on retrouve la plume du rockeur fou. Des jeux de mots par dizaines, aussi bien dans les titres, que dans les textes. Je ne les citerai pas, je ne les ai même pas tous identifiés, mais je propose à quiconque de relever le défi !
Pour ce qui est du thème abordé, il s'agit ici d'un concept album avec un fil directeur assez équivoque (très bien mis en avant dans le titre de l'album), mais reprenant des sujets phares de l'univers Traumatisme. Ainsi, Terror Vision fait penser à Don't dream your life ( issu de Horrorwood Rocks ! 2 ndlr) et Redrum asylum à The Madman Strikes again.
Il y a du grand classique, indétronable et indémodable : le refrain rock'n roll, qui reste et ne part jamais avec Prettiest Boy in the morgue, The Jestermaster, He Wolf (notamment) et il y a aussi de l'originalité, avec des constructions nouvelles (Glen or Glenda ? , Ghost Highway, It's a wonderful afterlife), mais toujours, les textes sont impeccablement écrits et maîtrisés. Toutes les émotions sont présentes, la joie, la peur, la souffrance, l'inquiétude, et incarnent parfaitement le drame, la parodie ou le cynisme.
Comme dans tout album, il y a les « plus », je viens de vous en donner un certain nombre, et il y a les « moins ». THABTO est le premier album de Traumatisme à être entièrement auto-produit, et certes, on sent ce petit manque de moyens techniques, qui se traduit pas des mix pas toujours parfaits et un effet sur la voix qui parfois obstrue la bonne compréhension des textes. Cela dit, ce problème est en partie résolu par l'utilisation d'un bon kit son ou d'écouteurs de bonne qualité. Au départ, j'étais nostalgique de la façon qu'avait Traumatisme de chanter sur HR! et HR2! qui est bien différente ici, mais je trouve avec le recul que cette technique s'accorde bien à l'album.
Pour conclure, Traumatisme, ce n'est pas que la musique, c'est un concept, des textes, de la musique, et ce tout créé un monde à part, une quatrième dimension où se côtoient Lon Chaney Jr, Stephen King, Ed Wood, Tate Langdon et les dieux du rock'n roll. L'alliance de ces thèmes musicaux et de leur poésie associée qui lient les morceaux successifs comme les chapitres d'un livre font de ce troisième album, sans doute pas le plus accessible, mais le plus travaillé et le plus abouti des albums de Traumatisme. Je ne demande plus qu'une chose, rejoindre le héros de ce concept album dans sa « dead man's party », parce qu'après tout, on peut le dire, It's a wonderful wonderful afterlife...