John Zorn - Masada – Vav – (1996)
Avec « Vav » on continue avec le meilleur, après les remarquables « trois » et « cinq », dès « Debir » le titre d’ouverture, extrêmement efficace. John Zorn à l’alto se révèle à nouveau digne fils d’Ornette et envoie à la perfection. Dave Douglas est au niveau, alter ego essentiel, chacun stimule l’autre et le pousse vers les limites. La rythmique est redoutable d’efficacité, et se montre à la hauteur, ici chacun côtoie les cimes, et on n’est pas prêt à redescendre…
Dave Douglas est éblouissant bien souvent sur les titres lents, il sait y faire et s’y plait. Une nouvelle preuve ici avec le très, très lent « Miktav », où il régale d’un solo exceptionnel, cultivant une sorte de suspens qui pourrait devenir la bande sonore de bien des films du genre… Avec les balais de Joey Baron qui caressent les toms, et les frémissements des cymbales. John Zorn apporte lui aussi sa couleur et tisse sa trame également… C’est la pièce la plus longue de l’opus, elle frôle les dix minutes, encore un grand moment.
Bon je vais dans le désordre, mais toutes les pièces sont remarquables, toujours cette écriture ciselée, précise, qui vise juste, et va toujours plus loin qu’on ne s’y attend, aménageant les surprises et les effets. L’interprétation est hors norme, mais déjà on s’y habitue, et les improvisations, toujours bien cadrées, ne cessent de s’intégrer avec une belle justesse, comme sur « Nashon », qui pousse le post-bop vers le hors limite et frétille fort, vers les six minutes quinze, quand Zorn répond à Douglas et incendie la pièce.
Il y a également le tubesque « Tiferet » qui ramènera la plupart des suffrages, avec son accroche mélodique et sa facilité à vous harponner le cerveau, l’air de rien. Les variations de l’intensité dans l’interprétation y sont pour beaucoup, et le mélange entre Orient et musique d’Europe de l’est fonctionne à ravir, juste une promenade, prendre l’air et tourner, comme le ferait la feuille d’automne, et repartir encore, l’air frais dans les poumons et la brise légère qui caresse…
Mais la tornade, le truc qui effraie c’est l’énorme « Beer Shiba » qui termine l’album, il apparaît comme une sorte de verrue sur l’album, le « truc » pas à sa place avec un retentissant Greg Cohen à la basse qui donne le ton et un Joey Baron désarticulé. Zorn balance free et dérape, la tension s’installe fort et tout bascule, Douglas même crachote et glisse… Ça flambe et prend feu ! Ce « Masada » six », comme il est souvent appelé, est décidément incroyable !