A nouveau une rencontre entre musiciens japonais et européens. L’un des plus fameux musiciens du pays du soleil levant, le trompettiste Terumasa Hino, qui fait la couverture, est à l’honneur dans ce projet. Pour faire bonne mesure il faut lui adjoindre son pendant européen, Heinz Sauer au saxophone ténor et Pierre Favre, l’excellent batteur suisse, pour finir et s’ouvrir à un autre continent, il y a un américain à la basse, le pétillant Peter Warren.
Ce projet d’album a pris forme en marge du Festival de Jazz de Berlin, il est enregistré en studio, le sept novembre 1971. L’album se nomme « Vibrations », ce titre pourrait nous faire songer à Albert Ayler, ce qui à l’écoute n’est pas faux, bien qu’on s’écarte d’un quelconque patronage musical. L’exposition des thèmes, dans la forme, renvoie à l’ange tutélaire, mais son exploitation passe d’un hard bop tranchant, très acéré, à un free cinglant, maîtrisé dans la durée.
On y trouve deux titres signés par Hino, deux autres par Sauer et un dernier, un standard, autrefois chanté par Bing Crosby « I’am an old Cowhand ». Les deux titres de Terumasa Hino offrent les plus longs développements et sont propices à de longs et riches solos, ainsi « Into the Heaven » qui ouvre l’album, sur une grille « hard jazz » s’étire-t-il en séquences contrastées entre temps forts et passages calmes, offrant de magnifiques moments où le timbre de sa trompette flirt avec la musique spirituelle.
En contraste les pièces signées par Heinz Sauer sont beaucoup plus courtes, c’est ainsi qu’il les aime, intenses d’émotion et serrées dans la magnificence de leur éclat. Rendons grâce au lumineux Pierre Favre, l’un des batteurs les plus doués et les plus prolixes du jazz européen, quant à Peter Warren c’est un plaisir de suivre le chemin de sa basse, enregistrée suffisamment vers l’avant pour qu’on ne rate rien du sautillement de ses doigts sur les cordes et des enchaînements savants qu’il crée.