John Medeski – A Different Time - (2013)


Medeski n’est pas un spécialiste de l’enregistrement au piano solo, c’est sa toute première fois… Le producteur l’a convaincu à l’aide d’un atout terrible, un piano Gaveau français de sept pieds, fabriqué en mille neuf cent vingt-cinq !


Dis comme ça, à un gars comme moi, ça intrigue, mais ne clarifie pas les enjeux. Il faut aller voir le livret pour mieux saisir de quoi il retourne. Medeski, comme la plupart des pianistes, joue sur des Steinways à l’habitude, c’est lui qui explique son ressenti face au vénérable qui se tient là.


« Le « feeling » est très différent des instruments d’aujourd’hui. Le Gaveau répond à un toucher plus délicat et nuancé, exigeant à chaque instant toute l'attention du musicien pour contrôler le son. Il faut chanter avec les doigts. »


A l’écoute on ressent cette différence, c’est difficile à analyser et je manque d’arguments tangibles, mais cette délicatesse dont on parle, ce toucher délicat, ces notes qui vibrent longtemps et occupent l’espace, cette façon de « chanter » est une expérience vraiment unique.


La musique semble méditative, avec des sonorités très amples qui s’installent dans l’espace, chaque note semble ne jamais vouloir mourir et les sons se superposent sans que rien ne les arrête. Le répertoire est réparti entre trois pièces improvisées, quelques pièces anciennes et une reprise de « I’m Falling In Love Again » de Willie Nelson et « His Eye Is On The Sparrow » de Charles Gabriel et Sivilla Martin.


« Waiting at the Gate » est également un titre particulier car il a été écrit par Medeski alors qu’il était encore adolescent…Il participe à cette couleur nostalgique qui habite cet album, il me semble même percevoir des intonations qui pourraient évoquer Éric Sati, il faut comprendre que le jazz est tout de même un peu loin, mais cette autre musique est fort agréable et convient bien, même si, évidemment, je n’aurais jamais imaginé que Medeski puisse la jouer !

xeres
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le 12 août 2025

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