Art Taylor – A.T.'s Delight – (1960)
Art Taylor est l’un des plus précoces à se lancer dans le « hard bop », à la suite d’Art Blakey, c’est l’un des meilleurs de l’écurie « Prestige » sur l’instrument et il enchaîne les sessions de studios, principalement dans les groupes des autres. Son nom figure dans nombre d’enregistrements de l’époque, avec Coltrane, Mal Waldron, Jackie McLean, Paul Chambers, et joue aux côtés des plus grands, comme Miles Davis, Thelonious Monk ou Sonny Rollins.
Il fonde son propre groupe en cinquante-sept, lors de son premier album en solo, « Taylor's Wailers » puis un second toujours en leader « Taylor's Tenors » en cinquante-neuf, et enfin « A.T.'s Delight » en mille neuf cent soixante, que voici.
Il s’entoure de Stanley Turrentine au saxophone ténor, Dave Burns à la trompette, Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la contrebasse, 'Potato' Valdez à la conga et bien sûr, Art Taylor lui-même à la batterie. Pour cet enregistrement il enregistre exceptionnellement pour « Blue Note » et tourne le dos à « Prestige ». L’album sort sans faire trop de bruit, il faut dire qu’à cette époque Blue Note est en plein « boom » et de plus gros noms sont à l’affiche.
C’est avec le temps que cet album se fera une bonne place, pour Stanley Turrentine qui avait alors le vent en poupe, pour 'Potato' Valdez qui mettait le feu avec sa conga et enflammait les foules lors des concerts, comme sur « Move » et « Cookoo and Fungi » que l’on entend ici, ce dernier titre étant signé par le leader de la formation.
Les autres sont des reprises, comme la pièce d’ouverture « Syeeda's Song Flute » de Coltrane, « Epistrophy » de Monk et deux titres de Kenny Dorham, « High Seas » et « Blue Interlude ». Un petit mot pour le trompettiste de cette session, Dave Burns, qui passa vite dans le ciel des révélations de l’époque, on le voit ici éblouissant, mais son nom sera vite oublié, sans laisser trop de traces, sinon deux albums qui font les trésors de quelques-uns, particulièrement l’enregistrement de soixante-deux.
Au fil des pistes Taylor fait montre des qualités que tout le monde lui reconnait déjà, virtuosité, attaque puissante et jeu varié, capable de souplesse quand c’est nécessaire et de rupture quand il le faut, un batteur hard-bop né, à l’efficacité redoutable.
Cet album mérite bien un petit détour car il brille vivement, Art passera une partie de sa vie à Paris, où il jouera souvent avec les américains de passage qui se filent le tuyau, il stationnera également en Belgique et restera une bonne vingtaine d’années au total en Europe, alors le paradis espéré des musiciens de jazz.