Charles Gayle 3 – Abiding Variations (1999)
Cet album en trio paru en quatre-vingt-dix-neuf est en fait d’origine plus ancienne, des vingt et un et vingt-deux août quatre-vingt-treize à Berlin, il est, par ailleurs, paru sur le prestigieux label de free jazz allemand FMP. Il pèse plus de soixante et onze minutes au total et se découpe en sept parties ou mouvements appelés « Variation » suivi d’un chiffre allant de un à sept.
On retrouve la formule du trio que chérit Charles Gayle, il joue du saxophone ténor et de la basse clarinette sur « Variation III », Vattel Cherry est à la basse et Michael Wimberly est à la batterie. Une formule déjà bien éprouvée par les membres du trio qui se connaissent sur le bout des doigts.
Ce sont des enregistrements de studio effectués à la suite d’un concert où ils ont joué après le groupe de Peter Brötzmann, « Die Like a Dog », organisé alors par FMP en mémoire d’Albert Ayler. On trouve témoignage de ce concert sur l’album « Berlin Movement From Future Years ». S’il est un musicien héritier du légendaire saxophoniste qui puisse l’évoquer par son style et son esprit, c’est bien Charles Gayle, d’évidence le mieux placé sur la planète Terre.
A elle seule, la formule du trio en dit déjà beaucoup, très révélatrice de l’état d’esprit de l’un et de l’autre. Cet album semble apaisé, avec des moments calmes et reposants où le timbre semble vouloir l’emporter sur la quête, on retrouve peu ce fort impact pêchu qui est souvent la marque du saxophoniste, ici il y a une place pour le silence et la paix.
C’est parfois une sorte de retour vers l’album « Touchin' On Trane », qui avait à son époque été très bien reçu par l’ensemble de la communauté Jazz. Par contre il est fait une grande place à l’esprit d’Ayler, particulièrement sur son aspect plaintif, où le saxophone semble geindre, dévoiler sa plaie, sa blessure.
Les deux accompagnateurs de la section rythmique entrent bien dans ce projet, créant de nombreux espaces, accompagnants le saxophoniste sans le pousser dans le cri, mais en créant des respirations, des territoires qu’il puisse visiter, aérant au mieux la musique pour qu’elle vive et respire.
Un album un peu à part donc, mais qui possède son charme, son souffle et sa ventilation, un album de cœur et d’esprit, qui s’éloigne des saignements qui parfois accompagnent la musique de Gayle, quand il s’éprend de la vérité et des valeurs du bien.