On est en 1995, le grunge meurt, le néo-métal nait avec deux groupes : Deftones et Korn. Si la carrière du second groupe est peut être plus intéressante à étudier à cause de leur schizophrénie (devons nous, ou non, suivre le public?), Deftones a, pour sa part, toujours été passionnant à écouter. Aujourd'hui, alors que Koi no Yokan est déjà sorti depuis bientôt 2 ans, il y a de cela bientôt 20 ans, Deftones offrait Adrenaline au monde.
Premier disque de ce qui était, encore à l'époque, un quatuor, l'ambiance est directement posé. Le disque est bien sur, beaucoup plus métal. On retrouve pourtant avec aisance le groove de Chi Cheng à la basse, marque de fabrique du métal made in Deftones (One Weak, 7 Words). Chino Moreno offre également un chant d'une rare puissance, avec à la fois des envolés (Root) et des passages plus violents et même rappés (7 Words). Abe à la batterie a déjà son groove si particulier qui a marqué plus d'un batteur et Stephen assure à la guitare. Adrenaline a un côté réveil-matin surpuissant. Certes, par rapport au reste de la discographie, c'est surement l'album le moins recherché. Mais le métal qu'offre Deftones est particulièrement sauvage, puissant, comme après un shoot d'adrénaline dirons nous. Il suffit d'écouter Lifter ou Nosebleed pour s'en persuader. Certes, on est face à du métal mais une façon bien particulière de le faire et de le penser.
Alors, bien sur on est aussi limité par ce désir de faire du métal, les membres sont encore très jeunes (à peine plus de 20 ans) et ils ont bien du mal à penser au-delà des styles. Ils ne peuvent pas encore faire du pur Deftones, ils font forcément du métal. Il faudra attendre Around the Fur pour que le groupe atteigne les limites du métal et comprenne qu'ils peuvent forger leur propre univers avec le divin White Pony.
Adrenaline reste un disque court (11 morceaux, dont un secret pour 47 minutes) et peut être avec un côté où deux répétitifs dans l'aspect métal (entre Nosebleed et Root par exemple). Mais en plus de quelques passages justes sympas, et quelques titres très plaisants (au hasard Engine N°9 ou Root) on a le droit à 7 Words et surtout Bored en ouverture, deux morceaux qui rentrent dans mon top 10 de Deftones.
C'est simple Bored montre déjà tout le futur potentiel du groupe, qui en restant dans du relativement minimaliste, peut offrir un morceau qui évolue et surprend ... Et surtout qui accroche comme rarement et fait pleinement ressentir son message.
En 1995, Deftones pose la première pierre de ce qui sera un édifice musicale sans commune mesure. Ca va bientôt faire 20 ans, et vu que leur talent ne faiblit pas, prions pour avoir 20 autres années comme ça.