Jan Garbarek Quartet – Afric Pepperbird – (1970)
Alerté par un encart dans les sorties vinyles de Jazzmag, je me suis intéressé aux rééditions vinyles ECM de la série « Luminessence », dont ils vantent l’extraordinaire qualité et le soin méticuleux apporté au travail de réédition, sous l’œil vigilant de Manfred Eicher. Je me suis donc enquis du tout premier album du Jan Garbarek Quartet, « Afric Pepperbird », une galette bien différente des autres.
En effet les couleurs et les rythmes entendus ici n’ont rien à voir avec ce qu’il produira par la suite, faisant de cet enregistrement un élément très particulier, révélateur de son cheminement personnel, mais également de celui de son entourage, des noms importants de la galaxie ECM, le label est alors à ses tout débuts, et cet album en est la septième parution : Il porte le numéro 1007.
Jan lui-même n’utilise pas encore le saxophone soprano, il se concentre sur le saxophone ténor et le saxophone basse, ainsi qu’à la clarinette et à la flûte et, de façon plus surprenante encore, aux percussions, très présentes ici. Il est épaulé par Terje Rypdal à la guitare et au bugle, Arild Andersen à la basse, au piano à pouces et au xylophone et par Jon Christensen aux percussions diverses, tous de futures icônes à naître…
Cet album est en fait admirablement dans son époque, on discerne une indéniable influence du free jazz, en même temps que des tentations envers le « Miles » période électrique. Il y a en outre, par le truchement de l’époque, des influences indirectes et pourtant majeures ici, celle des tambours et des percussions, qui foisonnent dans la musique, portées par l’influence d’Archie Shepp, de Sun Ra ou de l’Art Ensemble de Chicago.
Cette foison rythmique porte un Terje Rypdal déjà central, son apport est décisif, tant par le soutien rythmique qu’au travers de solos déjà passionnants, même s’il ne possède pas encore le « son » qu’on lui connaîtra plus tard. Tout est en germe ici, pourtant tout se tient déjà, l’album est sans faille, consistant, et d’une très grande maturité. Pourtant on entend déjà, particulièrement sur l’excellent « Beast Of Kommodo », les prémisses de ce qui adviendra.
Chaque pièce tient son rôle et possède sa pertinence, brève ou longue, même si on s’attache plus facilement aux titres longs, à « Blow Away Zone » au début de la face deux, où s’entendent quelques sons au saxophone, dans la lignée d’Albert Ayler, c’est très émouvant, comme un hommage. Jan est à mille lieues de là où l'on imaginait qu’il puisse se rendre, merci pour ça.
Après un très bref « Concentus » où s’entend la flûte, voici venir le morceau titre « Afric Pepperbird » vers la fin de l’album, qui voit nos rythmiciens toujours aussi extraordinaires, Arild et Jon, magnifiques ! Jan Garbarek est à nouveau énorme, déchiré, sublime, et Terje, roi du climat…
Il est tout simplement possible que Jan ait fait ici son meilleur album, cette proposition est en effet très défendable, bien qu’elle ne sera pas forcément partagée par tous…