Roscoe Mitchell / Brus Trio – After Fallen Leaves – (1992)
Un album « Silkheart Records » à qui il a fallu un certain temps pour arriver à maturation, bien qu’il ait été enregistré en deux jours seulement, les trente et trente et un octobre quatre-vingt-neuf. Ensuite il a été masterisé le huit mars quatre-vingt-dix, au Studio neuf de la Radio suédoise de Stockholm, avant qu’il ne patiente pour la sortie définitive, en quatre-vingt-douze, sans autre précision.
Peut-être est-ce dû au parti-pris par Roscoe Mitchell de vouloir illustrer ce voyage automnal, en Suède, par un mix de free et de musique, parfois, d’inspiration contemporaine, bien que le saxophoniste soit toujours bouillant et défricheur : n’est pas un fondateur de l’Art Ensemble de Chicago qui veut ! Roscoe joue des saxs alto, ténor et soprano, ainsi que de la flûte. Dès la troisième pièce, « The Reverend Franck Wright » il impressionne gravement, en jouant un solo mortel et usant de la technique du souffle continu !
C’est là, en Suède, qu’il rencontre le « Bus Trio » qu’il embarque dans l’aventure, avec Arne Forsén au piano, Ulf Åkerhielm à la contrebasse et Gilbert Matthews à la batterie, aux gongs, aux carillons et aux percussions. Comme à l’habitude sur ce label, le pli est pris et la durée est maximum, soixante-sept minutes et trente-trois secondes pour être précis.
Ce qui caractérise cet album c’est sa soumission aux phénomènes météorologiques, parfois c’est le grand calme, la paix, des points et des traits, avec le silence en toile de fond, et d’autres fois c’est la tempête qui souffle et même l’orage, sans pitié et avec force. Il peut également y avoir un entre-deux, mais pas trop fréquemment.
La pièce « After Fallen Leaves » illustre bien ce calme et cette sérénité, au son de la flûte d’abord, avant que n’arrive le saxo ténor, tout doucement, et presque sur la pointe des pieds, sur une douce couche de vibraphone… « Mr Freddie » qui continue le périple, débute par une courte déflagration, puis file sa vie au son de l’alto de Mitchell.
Retour au calme, aux traits et aux points avec le long « Come Gather some Things » qui offre également des passages de respiration circulaire au soprano, ainsi que des passages ou le saxophoniste se convertit au shakuhachi, cette flûte japonaise à cinq trous est propice à la méditation et au voyage intérieur…
Un album très marqué par la personnalité de Roscoe Mitchell, le « cherchant », celui qui ne se repose pas mais part toujours en quête, ce qui l’emmènera de plus en plus souvent du côté des musiques désincarnées et de la musique expérimentale.