Air – Air Mail – (1981)
Un album Black Saint, le quarante-neuvième de la série sorti par le label free italien, pourtant les « bandes son » ont bien été enregistrées à New York, au « Right Track Studio », le vingt-huit décembre quatre-vingts, la mondialisation en marche, déjà.
Air c’est un trio, constitué par trois formidables musiciens, tous les trois partenaires et amis. La musique qu’il joue est commune, souvent improvisée, à partir d’une idée, d’un concept partagé par l’un des membres, tous les trois figures importantes de l’AACM de Chicago.
Il y a Steve McCall, c’est le batteur et joueur de clochettes, il propose le premier titre de l’album, « B.K. », « A dedication to a beautiful woman, Bobbie Kingsley », l’album regroupe en effet trois hommages, chacun émis par l’un des sommets du triangle.
Il y a également Fred Hopkins, c’est le contrebassiste, il compose « R.B. », « A dedication to Ronnie Boykins who died in 1980, about his brand of strengh and serenity. » Ce dernier a longtemps joué aux côtés de Sun Ra où il s’est avéré être un musicien exceptionnel, qui tenait l’équilibre de la formation de ses seules mains puissantes. Il n’a enregistré qu’un seul album sous son nom.
Le troisième musicien du trio n’est autre que qu’Henry Threadgill, il joue des saxs alto et ténor, de la flûte et de la flûte basse, ainsi que du hubkaphone, instrument unique dont il est le seul joueur sur la planète, dont la structure est basée sur des enjoliveurs de voitures empilés et frappés. La pièce qu’il présente se nomme « C.T., J.L. », « A Thank You note to two very great influentials artists, whom I will always be grateful to, Cecil Taylor and Jimmy Lyons. »
Cet album à trois est une petite merveille ciselée d’une grande beauté, elle échappe à ce que quelques-uns appellent les excès du free, comprendre qu’ici il n’y a pas trop de grandes envolées débridées ou destructrices. La pièce de Threadgill est certainement la plus déstructurée mais elle tient debout tout du long et s’avère être un grand moment, si on s’accroche un tant soit peu.
L’album n’est pas énormément long mais obéit aux standards de l’époque, environ trente-sept très belles minutes qui filent joliment. La seconde pièce « R.B. » d’Hopkins nous permet d’écouter le fameux hubkaphone de Threadgill qui dialogue avec la contrebasse, un zeste de fureur percussive, puis de calme, qui se termine en embardée dans le resplendissant final.
La pièce d’ouverture, « B.K. » est également très addictive avec cette flûte baladeuse et virevoltante bien soutenue par l’incroyable Ste McCall, vraiment énorme, qui apporte une énergie considérable. Je ne sais pas si on a besoin de toute cette musique qui encombre le monde, mais, c’est sûr, la musique d’Air est indispensable, grâce à elle on respire un peu mieux !