Air – Air Time – (1978)
« Air Time » est le troisième album de la formation Air. On retrouve le trio bien connu avec Henry Threadgill aux saxs alto et ténor, aux flutes également et au hubkaphone, instrument dont il a inventé la conception, une sorte de tour d’enjoliveurs de voitures que l’on utilise comme un instrument de percussions.
L’album s’ouvre avec le bref « I’ll Be Right Here Waiting », concentré et plutôt impactant. La seconde pièce est indiquée au verso de la pochette avec une durée de deux minutes, il s’agit d’une erreur car elle frôle les douze minutes, on y appréciera la relation entre la basse de Fred Hopkins et la batterie de Steve McCall, tout à fait resplendissante sur cette pièce où elle éclate de mille feux, développant un récital majestueux.
La troisième pièce « G.v.E. » est également un peu étrange car elle est centrée sur l’hubkaphone qui révèle ses capacités et ses secrets, tandis que Threadgill déploie la magie de la flûte basse qui enveloppe la musique d’un voile mystérieux. Cette magie fonctionne à merveille et donne à cette pièce un cachet très particulier qui, autrefois, gagnait certaines pièces du génial Yusef Lateef.
Après les envoûtements voici « substraction » et ses errances, c’est la pièce la plus longue, approchant les quatorze minutes, elle semble construite autour des silences et des interventions minimalistes qui commentent, dans un premier temps, le cheminement d’une flûte.
Puis la contrebasse s’identifie à gauche, aguichée par divers instruments de percussions qui se manifestent, la flûte fait son retour et le jeu se fait à trois. L’épaisseur du silence ne faiblit pas, même s’il est assailli par de brèves intrusions qui le découpent et le strient… Cette pièce annonce une évolution du free jazz vers des musiques que l’on pourrait qualifier de concrètes, très timbrales, bien que les instruments rythmiques soient placés très à l’avant.
L’album se termine avec « Keep Right On Playing Through The Mirror Over The Water », joli titre pour finir un album intéressant mais qui ne conviendra pas forcément à tous, dans son intégralité.