La pensée commune admet généralement comme acquis qu'être précurseur est une qualité. Mais encore faut-il dire en quoi on l'est. Avec …And Then There Were Three... Genesis est avant tout précurseur des immondices auditives que seront les années 1980, de sinistre mémoire (en dehors de trois ou quatre albums à sauver par-ci par-là en plus de tous ceux de Prince, de Tom Waits et de The Cure de ladite période). On entend donc ici, avec quelques années d'avance des synthés qui feront florès avec "The Final Countdown", par exemple. Et pour le coup, cette cuvée 1978 fait de Genesis un genre de Europe sans les cheveux. Et c'est pas beau. Cela dit, la couv' de l'album par Hipgnosis (comment ont-ils pu !?) pouvait déjà laisser deviner le massacre.

Mais que c'est laid.


Je ne suis pas un inconditionnel de Genesis ; loin s'en faut. Mais j'ai essayé plusieurs fois au fil des années d'entrer dans leur univers, sans grand succès. Même si j'apprécie toujours mes vieux 33T de Trespass et de Selling England by the Pound (le meilleur), que j'avais aussi acheté en cédé il y a plus d'une vingtaine d'années avec The Lamb Lies Down on Broadway (mais celui-là, malgré la meilleure volonté du monde, j'ai fini par le revendre après plusieurs écoutes à chaque fois difficiles).

Bien sûr, il y avait aussi les scies efficaces de "Mama", "Home by the Sea" ou "That's All" sur Genesis et "Tonight, Tonight, Tonight" ou "Land of Confusion" (chouette clip) sur Invisible Touch que j'avais à l'époque de leurs sorties et qui m'ont plu un bref instant, mais dont je me suis lassé et débarrassé sans trop d'hésitation lors d'un énième tri dans la discothèque encombrée, et sans vraiment m'en apercevoir.


Depuis quelques jours, je me suis lancé – allez savoir pourquoi – dans l'écoute quasi-exhaustive de la discographie de Genesis dans l'ordre chronologique (plusieurs écoutes par album, sauf Trespass et Selling... que je maîtrise bien). Et j'ai été positivement surpris par la qualité de From Genesis to Revelation qui ne démérite pas pour un premier album adolescent et laisse voir un beau potentiel. Nursery Cryme et Foxtrot ne m'ont convaincu ni l'un ni l'autre, même si j'y ai trouvé des choses à encore réécouter à l'avenir pour les apprivoiser, et sans doute parfois les apprécier au bout du compte. J'ai ensuite redécouvert Lamb... on Broadway, et si quelques sonorités ont attiré mon oreille, je ne regrette pas d'avoir revendu l'objet. En revanche, j'ai eu le plaisir de redécouvrir "The Carpet Crawlers" que j'apprécie vraiment beaucoup. En revanche, le solo pet-de-Schtroumpf de "Counting out Time" m'a subjugué par son ridicule. Pour le reste, c'est trop long, comme tous les double-albums hors live (sauf Electric Ladyland, Uncle Meat et Sign "O" the Times). Les deux suivants sont des albums que j'ai toujours voulu aimer à cause de leurs pochettes que je trouve très réussies (surtout celle de Wind and Wuthering), mais si le contenu d'A Trick of the Tail peut parfois s'apparenter à l'avant Lamb... on Broadway, Wind and Wuthering est vraiment faiblard, annonçant le suivant, car déjà trop encombré des synthés boursouflés de Banks qui prennent décidément trop de place. Ce son omniprésent commence à irriter prodigieusement. Mais cela dit, j'ai bien apprécié "Spot the Pigeon" ; et Seconds out tient bien la route (beaucoup plus intéressant que le concert de 1973).


J'ai donc maintenant dépassé la mi-parcours avec ce disque affreux qui pose clairement les bases du Genesis version II. Celui par qui ma génération les a connus et qui les a souvent fait confondre avec le Phil Collins solo et ses horreurs perso ("Sussudio", "One More Time"... Au secours !!) qui feront un peu vite oublier qu'il était avant tout un très bon batteur.

Je vais entamer la décennie du cauchemar en espérant que ce que j'en connais déjà va réveiller une fibre nostalgique qui peut-être m'aidera à estimer le reste de la discographie (sans trop d'illusions cependant) et mettre la main sur quelques pépites.

La soupe est prête...

Créée

le 3 juin 2025

Critique lue 51 fois

Muffinman

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