« Another Land » de Dave Holland, un double album vinyle doté d’une couleur jaune translucide, mais la couleur ne fait rien à l’affaire si elle n’altère pas la qualité du pressage. Dave à la basse, mais aussi à la guitare basse électrique, ce qui est assez rare me semble-t-il. Il est entouré par Kevin Eubanks, un guitariste qui jouit désormais d’un grand prestige et par Obed Calvaire à la batterie.
Le répertoire est assez partagé, quatre titres pour Dave Holland, quatre autres écrits par Kevin Eubanks et le dernier par Obed qui signe « Gentle Warrior » au début de la face B, le minutage des pistes n’est indiqué ni sur la pochette, ni sur le vinyle. Après un rapide coup d’œil sur l’édition Cd on s’aperçoit que les faces ici dépassent le gros quart d’heure, du coup ça passe vite d’autant que l’album est bon.
Dave Holland est un très grand bassiste, l’un des plus grands et des plus « historiques » de la scène jazz actuelle, ici sa basse est centrale et constitue le pivot autour duquel tout s’articule, la batterie dynamique ou métronomique et la guitare rythmique ou soliste. Le trio est parti s’échauffer et faire mûrir le répertoire lors d’une tournée de concerts, le studio n’est que la dernière étape de ce parcours, quant tout est nickel, rôdé, parfait.
Pour autant il y a ici le plaisir de jouer, il s’entend dans le feeling continuel qui habite la musique, quelque chose de rock palpite ici, la guitare d’Eubanks au centre droit, en équilibre avec la rondeur de la basse, plus centrale, tandis que les percussions épousent tout le spectre vers l’arrière. Kevin et Dave se connaissent bien, on retrouve une trace discographique de leur rencontre dès l’année quatre-vingt-dix, « extensions » et une autre en quatre-vingt-quinze « World Trio », ça aide.
Le plaisir de jouer n’engendre pas nécessairement celui d’écouter, mais par chance, ici c’est le cas. On pourrait même ajouter que la ré-écoute ne fait qu’améliorer les choses, et que le "bon" se bonifie encore au fil de l’écoute, le genre d’animal qui se plaît sur la platine et qu’on n’a pas très envie de dégager. Ainsi, une douce tyrannie se met en place.
Assez curieusement, et même très curieusement, cet album est très Hendrixien, j’y vais à pas de velours car la comparaison est osée et pour tout dire assez risquée, et pourtant elle tient au jeu de Dave Holland qui ressuscite chez moi les souvenirs d’autrefois, quand j’écoutais Hendrix, ado encore. Ça ne le fera peut-être pas à tout le monde, et même probablement pas, mai j’ai eu ce sentiment à plusieurs reprises à l’écoute de cet album, branché à mon cerveau « Hendreptilien ».
Parmi les "très bons" de cette année vingt et un!