Art Pepper – Art Pepper + Eleven (Modern Jazz Classics) – (1959)
Un curieux album peut-être un poil suranné, mais rien n’est sûr, car il déborde de nombreuses qualités. Dès son titre, il revendique le statut de classique, ce qui lui est le plus souvent accordé par la critique jazz plutôt unanime.
Comme signalé également sur la pochette qui en dit long, ils sont onze à suppléer le saxophoniste alto, pas tout à fait un big band mais pas vraiment loin non plus, tous excellents, une force de frappe considérable sous la baguette de Marty Paich qui signe les arrangements et conduit le navire, c’est un peu le « boss » ici.
Néanmoins c’est Art Pepper qui prend la part du lion, il est omniprésent et rafle la plupart des solos, on ne peut lui en vouloir car il est vraiment excellent. Ce vieux jazz, peut-être désuet, ne se dévoile pas si facilement si on ne s’y concentre pas au moins un peu. Art Pepper mérite votre attention soutenue et alors surgit toute la subtilité de son jeu, sa finesse, entre cool et bop il nage entre deux eaux comme un poisson dans l’onde.
Au programme que des hits, des standards mille fois alignés, ici dans une nouvelle livrée, avec les onze qui brillent et l’écrin finement serti de Marty Paich qui enrobe et met en valeur, swing ce qu’il convient, faut surgir les cuivres, puis les anches, avec des riffs qui martèlent et la rythmique qui fourmille, de quoi offrir à Art Pepper un cadre dans lequel il ne peut que briller, lui qui est déjà un maître particulièrement habile !
Il y a un paquet de standards sur la ligne de départ, comme une sorte de « best of », ils sont là tous alignés, avec, déjà, toutes leurs décorations sur les poitrines garnies, alors, vous désirez « Opus De Funk » ? « ‘Round Midnight » ? « Four Brothers » ? ou bien « Anthropology » ? ou encore « Walkin' » ou « Donna Lee » ? Ils sont douze titres sur les rangs, chacun est incontournable et redoutable !
L’album fonctionne comme un piège car forcément à un moment vous vous direz, « Tiens je connais ce truc-là ! Et celui-ci aussi ! » et vous voilà tapant du pied et balançant la tête, il y a bien une fatalité dans cette musique à laquelle il est difficile d’échapper…
Pour ma part je suis bien un inconditionnel d’Art Pepper, mais je préfère une période plus tardive, un peu comme pour Chet Baker, peut-être après qu’il ait chèrement payé la faute lourde, qui l’envoya derrière les barreaux, il a remonté la dure pente, et la musique qu’il joua alors, vers la fin des années soixante-dix et dans les années quatre-vingts, me toucha avec une grande force…