Annoncé comme le dernier disque du groupe, IAM ponctue sa discographie avec un album très solide.
Musicalement moins "chargé" que "Revoir un printemps" et donc beaucoup plus spontané.
Des textes plus soignés et une qualité d'ensemble bien supérieure à "Saison 5".
Les détracteurs trouveront le discours du groupe démago et redondant mais on ne peut pas leur reprocher d'être resté fidèles à leur ligne de conduite tout au long de leur longue carrière.
Les années ont passé mais les problèmes de société dénoncés depuis leurs débuts sont toujours là, encore une fois comment leur reprocher de continuer dans cette voix.
Je peux comprendre qu'on puisse considérer naïf et un brin caricatural (exemple sur "Pain au chocolat" et "Misère"), mais un artiste n'a pas vocation à changer le monde au contraire d'un politicien (du moins c'est ce qu'on est censé attendre de lui) tout au plus peut-il titiller les consciences, on peut aussi lui pardonner d'avoir une vision du monde un peu approximative et peu nuancée (un artiste n'est ni journaliste ni sociologue...).
Personnellement, je trouve ce procès d'intention assez injuste. Autant au milieu des années 90, lorsque Akhenaton écumait les émissions politiques on pouvait trouver cette posture de dénonciation du système assez facile face à des politiques (dont la parole était déjà à l'époque largement discréditée), autant aujourd'hui, c'est sur le terrain de la musique qu'ils se cantonnent.
La teneur générale des textes peut paraître assez consensuelle mais elle est empreint d'un certain pessimisme.
Le discours est toujours aussi vindicatif mais lucide sur la capacité limité d'un artiste à changer quoi que ce soit à la société qui l'entoure
Et puisque le combat est perdu d'avance, autant tomber les armes à la main. C'est ce qui ressort notamment dans l'excellent "Benkei et Minamoto" qui prouve par la même occasion qu'IAM n'a pas d'égal en matière de métaphore guerrière.
Le deuxième reproche qui est souvent fait à IAM est qu'il n'a pas su se renouveler du point de vue musical, il est vrai que le groupe est toujours resté fidèle au style new-yorkais qui n'est plus aujourd'hui le seul mètre-étalon de la scène rap mondiale.
Encore une fois, je ne trouve pas cette critique pertinente (reproche t-on à Primo de produire toujours les mêmes sons boom bap par exemple ?), plutôt que de faire des instrus dans l'air du temps qui ne leur ressemble pas, je préfère largement les voir produire ce qu'ils savent faire de mieux.
D'ailleurs, je ne sais pas si c'est voulu (et ça va peut-être vous paraître capillotracté comme analyse) mais la pochette du disque avec cette minka (maison traditionnelle japonaise) implantée au beau milieu d'une clairière en périphérie de la ville et de ses immeubles modernes traduit cette volonté de produire un album de rap "traditionnel", ignorant les nouvelles tendances de la scène actuelle.
L'un des seuls reproches que je ferai à ce disque est la première piste à l'instru fade et avec probablement le pire couplet de l'oncle Shu.
Shurik'N dont la performance au micro va de l'excellent ("La part du démon", "Marvel"...) au très moyen ("Spartiate spirit"...).
Inutile de parler d'Akh, toujours égal à lui-même.