Le chaos peut avoir quelque chose de revivifiant dans l'art, en ce qu'il le transcende jusqu'aux derniers sursauts de l'esprit, créant d'un terreau de souffrance une manne de délivrance - un calice de vie, par delà la mort.
De la hargne à la stupeur, un seul pas pourrait être franchit, et c'est en ermite avisé que Paradise Lost le fait en pénétrant dans l'épaisse pénombre de son 17ème album, le bien-nommé "Ascension". Des tréfonds de sa mémoire (37 ans d'existence, et autant de deuils insolubles remémorés par d'innombrables pépites sonores), le créature embrasse avec la passion du condamné son art (sa destiné !), gothique jusqu'aux plus pâles ramures de ses os brisés.
Si la tristesse et la perte accompagnent encore et toujours les créations de Paradise Lost, les voûtes se sont ici solidifiées jusqu'à devenir de parfaites épures d'un héritage divinement digéré : "Ascension" est la pure-synthèse de toutes les époques et teintes des géants d'Halifax. Réunissant à la fois la froideur sépulcrale de "Draconian Times" (1995) à l'écrasante mélancolique d'un "Faith Divides Us - Death Unites Us" (2009), tout en absorbant la violence de "Medusa" (2017) et la grâce opalescente d'"Obsidian" (2020), "Ascension" agrège les biles et densifie un peu plus les humeurs, jusqu'à bâtir durant 12 titres variés, prenants et résolument hantés, une incroyable cathédrale de douleur.
De l'hymne de férocité "Serpent on the Cross" à la délicate suspension acoustique de "Lay a Wreath Upon the World", du vindicatif "Silence Like The Grave" aux écorchages Death-Doom en règle de "Salvation" ou "The Precipice", tout un monde s'affaisse et s'abat devant un effarement sans cesse renouvelé. Jouant habillement de douceur et de hargne entremêlées, les compositions de Gregor Mackintosh posent un regard halluciné sur une musique mouvante et émouvante, que finit de consacrer la voix prodigieuse et les growls impériaux de l'inénarrable Nick Holmes -depuis "The Plague Within", que de chemin parcouru ! Sous les robustes ogives du riffing et des leads de guitare envoutés ("Tyrant Serenade", oh la la) les morceaux défilent et défient les époques, regorgeant d'un jus d'accessibilité qui n'a d'égal que le sombre culte voué à une musique qui ne s'est jamais trahie - écoutez donc "This Stark Town", et rassasiez vous jusqu'aux larmes.
Il faut réellement écouter "Ascension" comme un magnifique "tout", comme une relique érigée avec une passion solennelle qui, de ses éclatantes enluminures à ses tympans lacérés de solitude et d'effroi, finit de sacraliser l'implacable vérité : celle d'un groupe parvenu aux tréfonds de son propre absolution.