Anouar Brahem Trio – Astrakan Café – (2000)


Un bel album, un peu ancien, de la part du joueur de oud Anouar Brahem, qui se trouve ici en petite formation pour son sixième album. Le voici en trio avec Barbaros Erköse à la clarinette et Lassad Hosni aux percussions indiennes et turques, des musiciens qu’il a appris à connaître, lui qui aime prendre le temps, avant d’enregistrer et de se lancer dans de nouveaux albums.


Rien ne presse et tout arrive en son heure, telle pourrait être la première leçon du joueur de oud qui nous présente une quatorzaine de petites vignettes orientales finement ciselées. C’est que, si les airs et les titres proviennent souvent de lointains souvenirs, ou de vieux airs entendus, ou encore d’on ne sait où, ces souvenirs sont passés à la moulinette de la mémoire, et surtout à la merci de cette éternelle improvisation qui caractérise la musique de l’oudiste.


De temps en temps il se met légèrement en retrait et laisse la clarinette prendre le devant, comme sur le très beau « Ashkabad » signé par les trois qui communient et fusionnent avec grâce et élégance. La pièce suivante, signée Anouar, semble vouloir poursuivre sa course au fil de la même eau, « Halfaouine » la belle, trace ses méandres entre les mystères des rochers des Balkans, avant de se perdre… peut-être jusqu’au marché de Tunis d’où elle semble issue, et qui a inspiré cette ode.


Barbaros Erköse est d’origine gitane, né en Turquie, c’est probablement en pensant à son ami qu’Anouar a dû composer ce « Parfum de gitane », un peu mystérieux, avec des influences éthiopiennes, qu’il interprète avec Lassad Hosni, invitant Barbaros à entrer dans la danse avec un beau solo final.


Mais ce qui domine ici c’est l’impression d’un grand calme, presque contemplatif, qui donne envie de se poser, de s’assoir sur un banc de pierre ou dans le creux d’un rocher, et regarder, sentir le souffle du vent ou respirer les odeurs marines, rêver de terres chaudes et ensoleillées…


Laisser faire le temps et oublier la vanité du monde, pendant quelques minutes de musique, en écoutant « Astara », peut-être, qui marque la croisée des routes, entre le Bosphore, les portes de l’Orient et Sousse, comme un triangle vers lequel coule cette musique, apportée par les vents, et qu’enfin, se profile sous nos yeux, l’Astrakan Café, où nous boirons, c’est sûr, un thé à la menthe…

xeres
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le 18 mai 2025

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