John Zorn – Astronome – (2006)
Cet album s’inscrit dans la série « Moonchild », dont je vous avais présenté le premier volume éponyme en deux mille vingt. « Astronome » est assez chic, voire cossu, car il a pour écrin un coffret et deux livrets richement illustrés. Il faut dire que l’opus est présenté comme un opéra en trois actes, l’acte un, d’environ un quart d’heure, contient trois scènes, le deuxième acte en contient deux pour une durée plus longue de deux minutes, et le troisième acte à nouveau deux scènes qui approchent les treize minutes.
Ce second volume est paru à la suite de Moonchild, juste quelques mois plus tard, il est formé des mêmes trois musiciens, Mike Patton à la voix, Trévor Dunn à la basse électrique et Joey baron à la batterie. C’est carrément du rock tendance métal, dans une déclinaison plutôt extrême que les spécialistes rangeraient peut-être côté hardcore… Le jazz est décidément bien loin !
C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de John Zorn, rester essentiellement insaisissable et capable de tout, être imprévisible et risquer le pire, il le sait, le mauvais goût ne se cache bien souvent pas où on le croit, les apparences ne sont que tromperies, et la beauté se situe un peu partout dans ce monde, il suffit de la trouver, de la reconnaître, la regarder et y goûter…
Car je raffole de ce trio, Trévor Dunn joue comme un sourd et fait vrombir sa basse comme un moteur de camion, dégageant une énergie surmultipliée, mais il peut aussi jouer aux réacteurs d’avions, au démarrage, c’est mieux, et comme le gars est plutôt du genre véloce et surdoué, ça tremble dans le voisinage…
Joey Baron que l’on a connu si raffiné, l’est toujours autant, mais avec un côté foufou qu’on ne lui connaissait pas, insane et légèrement diabolique, tapant comme un forcené sur les cymbales, mais il y a également des moments calmes, je vous rassure assez peu, c’est juste pour vous permettre de récupérer, histoire de réinjecter une mixture violente quelques moments après.
Le plus malade c’est certainement Patton, il ne s’interdit rien, et c’est ça que l’on aime, lui aussi excelle dans les moments calmes, sa voix ne chante pas vraiment, ni même exprime quelque chose de cohérent, ou alors par inadvertance, il chuchote, vous respire dans le creux de l’oreille, jappe et gémit, lape aussi, il y a de l’animalité ici, quelque chose qui tient de la bête, du nécessaire organique, de cette satisfaction que l’on procure à se vider…
Mais surtout ce qui est prodigieux, et même génial, voire unique, c’est cet équilibre qui tient sur un fil, vous plonger toujours tendu, puis relâcher juste ce qu’il faut pour vous maintenir hors du jus, puis vous replonger aussitôt, avec malice…
C’est ça, « Astronome » !