Gregorio, Gustafsson & Nordeson – Background Music - (1998)
Guillermo Gregorio est né en quarante et un à Buenos Aires, c’est un clarinettiste, saxophoniste et compositeur qui rêve de réunir les contraires, le cool jazz avec le free ! La mission s’avère quasi impossible, voire périlleuse. Pour arriver à ses fins il se lie avec Mats Gustafsson, celui qui ose tout et que rien n’arrête, ce dernier joue du saxo ténor et du fluteophone.
Pour donner de l’assise et structurer l’ensemble, le batteur percussionniste Kjell Nordeson est également appelé, ils vont tenter l’impossible, mais conservent l’atout-maître : la possibilité sans limite d’improviser et de créer au gré du vent…
Dès la première pièce, « Vanderin’ » dédicacé à Ken Vandermark, la tempérance est de mise, tout semble calme et doux, cool, oui tout à fait, comme s’il ne fallait rien forcer, avancer à pas de velours en gardant les chaussettes sur la moquette…
Lentement et sans même s’en apercevoir nous voici dans la seconde pièce, le très long « A Tiny Bit More », cette fois-ci dédicacé à Tiny Kahn. Ce dernier est un batteur surnommé « Tiny », précisément parce qu’il était le contraire, particulièrement costaud et musculeux, il mourra à l’âge de trente ans, après avoir brillé en tant qu’arrangeur et compositeur aux côtés de Woody Herman.
La pièce ne s’énerve jamais vraiment non plus, pendant une durée frôlant les dix-neuf minutes, pourtant quelques impros à visée exploratoire se font entendre dans le jeu de Mats et celui de Gregorio qui ne rechigne pas non plus, ouvrant les voies. On peut y entendre l’intrigant fluteophone …
Cette musique reste cependant résolument contemplative et n’attire l’attention que lorsque qu’elle échappe à sa destinée, s’énervant un peu, comme par accident.
« Cannots » est plus libéré et virtuose, dessinant des arabesques, des courbes et des circonvolutions bienvenues, qui agitent l’ensemble des intervenants, tous co-compositeurs par ailleurs, partageant la même galère…
Bon, je force un peu le trait, car ces gars-là sont tous incroyables, et on pourra trouver beaucoup de douceur et de subtilité dans cet album, ils sont tous ultra professionnels dans l’usage des instruments, et chacun tisse une partie merveilleuse, mais, en choisissant le silence plutôt que le bruit, le pauvre pékin que je suis se sent un peu perdu, en quête du Nord pour y retrouver sa boussole…
Peut-être un rééquilibrage aurait-il été bienvenu, avant que ne s’installe un trop long systématisme, le « cool », à l’origine, connaissait des moments intenses et chauds, voire survitaminés…